L’important legs des Jeux de 1976… ceux de Toronto
Toronto s'était portée volontaire pour accueillir les Paralympiques, deux semaines après les JO de Montréal..
En 1976, deux grands événements sportifs internationaux se sont déroulés au Canada : les Jeux olympiques à Montréal et les Jeux paralympiques à Toronto. Contrairement à aujourd’hui, où les deux événements sont toujours organisés par la même ville hôte, cette règle n’existait pas en 1976. Montréal a accueilli les Jeux olympiques du 17 juillet au 1er août 1976, tandis que Toronto a organisé les Jeux paralympiques du 3 au 11 août de la même année. Ces derniers ont été portés par le médecin canadien Dr Robert Jackson, inspiré par le Britannique Ludwig Guttman, pionnier de l’utilisation du sport pour la réadaptation des vétérans de guerre. Guttman avait créé en 1948 les Jeux de Stoke Mandeville en Angleterre, considérés comme les prémices des Jeux paralympiques modernes.
Les Jeux paralympiques de Toronto en 1976 ont connu un succès sportif remarquable. Plus de 1 720 athlètes issus de 41 pays y ont participé, un chiffre élevé pour l’époque. Le Canada a brillé avec 77 médailles, dont 25 en or, lui permettant de se classer 6e au tableau des nations. Parmi les athlètes marquants, Arnold Boldt, originaire de la Saskatchewan, a remporté deux médailles d’or en saut en hauteur et en saut en longueur. Sa carrière s’est étendue sur plusieurs décennies, jusqu’en 2012. La cérémonie d’ouverture, qui a rassemblé 20 000 spectateurs à l’Hippodrome de Woodbine, a marqué un tournant dans l’histoire du mouvement paralympique.
Avant 1976, les Jeux paralympiques étaient principalement réservés aux athlètes atteints de lésions de la moelle épinière. Les Jeux de Toronto ont marqué un changement majeur en ouvrant la compétition à l’ensemble des handicaps, une décision portée par le Dr Robert Jackson. Cette évolution a permis d’élargir la base du mouvement paralympique et a conduit, en 1989, à la création du Comité international paralympique (CIP). Cette nouvelle approche a encouragé une collaboration plus étroite entre les différentes organisations sportives pour personnes handicapées. Le chercheur David Legg, professeur à l’Université Mount Royal, considère cet héritage comme l’un des plus importants des Jeux de 1976.
En 1976, l’Afrique du Sud était sous le coup de sanctions du Comité international olympique (CIO) en raison de sa politique d’apartheid, un système de ségrégation raciale institutionnalisé. Malgré ces sanctions, l’équipe paralympique sud-africaine, composée de manière multiraciale (Noirs et Blancs), a été autorisée à participer aux Jeux de Toronto. Cette décision a été justifiée par Ludwig Guttman, qui estimait que l’inclusion était plus efficace que l’exclusion pour lutter contre l’apartheid. Cependant, cette participation a suscité une forte opposition. Le gouvernement canadien avait déjà averti que le financement des Jeux serait conditionnel à une non-participation de l’Afrique du Sud, comme ce fut le cas pour les mondiaux d’athlétisme seniors en 1975.
Face à la participation de l’Afrique du Sud, plusieurs pays, dont la Jamaïque, le Kenya et la Pologne, ont décidé de boycotter les Jeux de Toronto. Pressé par ces retraits, le gouvernement canadien a menacé de retirer son financement de 500 000 $, risquant ainsi d’annuler l’événement. Cependant, cette décision a déclenché un élan de solidarité inattendu. Des ventes de billets et des dons privés ont permis de combler intégralement le déficit et d’assurer la tenue des Jeux. Plus de 20 000 personnes ont assisté à la cérémonie d’ouverture, sauvant ainsi l’événement. Le gouvernement fédéral a finalement redistribué l’enveloppe initiale pour soutenir le développement du parasport au Canada.
Les Jeux paralympiques de Toronto en 1976 ont laissé un héritage durable pour le mouvement paralympique canadien et international. Le Canada est devenu une puissance du parasport, avec des athlètes emblématiques comme Chantal Petitclerc, Terry Fox, Rick Hansen, Arnold Boldt et Eugene Reimer, qui ont tous participé à ces Jeux. Le succès de l’événement a également permis de créer des organisations dédiées au parasport à travers le pays. David Legg, ancien président du Comité paralympique canadien, souligne que ces Jeux ont inspiré une génération de leaders et d’athlètes. Par exemple, Barb Montemurro, bénévole en 1976, est devenue une figure majeure du parasport canadien pendant des décennies. Ces Jeux ont aussi marqué le début d’une carrière pour des personnalités comme Legg lui-même, qui enseigne aujourd’hui l’activité physique adaptée.

