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Environnement

«C’est dangereux pour les fonds marins, les bateaux et les baigneurs» : la pollution invisible des vieux câbles internet sous-marins

Vert.eco · mis à jour il y a 23 j

Entre un et deux millions de kilomètres de câbles sous-marins hors service jonchent les océans. Alors que leurs effets sur la faune et la flore sont bien documentés, ils sont rarement retirés.

Câbles sous-marins essentiels

Les câbles sous-marins sont des infrastructures invisibles mais vitales : ils transportent 99 % des données internet et téléphoniques mondiales. Posés depuis le milieu du 19ème siècle, plus de 3,5 millions de kilomètres de câbles ont été installés. Cependant, ces câbles ont une durée de vie limitée : conçus pour durer 25 ans, ils deviennent souvent obsolètes après seulement 7 à 10 ans en raison des progrès technologiques. Par exemple, le premier câble transatlantique, le TAT-8, a été retiré en 2026 après 14 ans d’activité en raison d’une panne non rentable à réparer. Une fois hors service, ces câbles posent des problèmes écologiques et économiques majeurs.

Pollution des fonds marins

Les câbles inactifs restent souvent abandonnés sur les fonds marins, où ils libèrent des substances toxiques. Par exemple, dans le Parc marin de la Côte bleue (Bouches-du-Rhône), des câbles hors service d’Orange ont été étudiés en 2019. Ces câbles, dont la protection en plomb se détériore, écrasent les herbiers de posidonie (plantes marines essentielles à l’écosystème) et libèrent des métaux toxiques. Certains morceaux de câbles se désagrègent même en zone baignable, à seulement 2 mètres de profondeur, rendant l’eau dangereuse pour les baigneurs et les bateaux. Ces câbles, non retirés, continuent de polluer les écosystèmes côtiers.

Responsabilités juridiques floues

La gestion des câbles sous-marins inactifs est compliquée par l’absence de législation internationale claire. En eaux internationales (au-delà de 370 km des côtes), aucune réglementation ne force les entreprises à les retirer. Par exemple, l’entreprise Subsea Environmental Services achète des câbles hors service pour en récupérer les métaux, mais se limite aux eaux internationales pour éviter les contraintes légales. En revanche, dans les eaux territoriales, les propriétaires des câbles doivent financer leur démantèlement depuis 2011 en France. Cependant, les preuves de propriété sont souvent manquantes, comme pour les câbles d’Orange dans le Parc marin de la Côte bleue, posés à l’époque de France Télécom.

Défis du démantèlement

Retirer les câbles sous-marins inactifs est complexe et coûteux. Certaines parties sont trop enfouies dans le sable ou emmêlées avec des récifs, ce qui rend leur extraction plus dommageable que leur abandon. Par exemple, dans le Parc marin de la Côte bleue, Orange a finalement accepté de retirer les câbles en 2021 grâce à un accord à l’amiable, mais certaines sections n’ont pas pu être enlevées. En haute mer, les pratiques sont encore plus préoccupantes : les câbles sont parfois coupés et poussés sur le côté pour faire place à de nouvelles infrastructures, sans étude d’impact écologique. Aucune réglementation n’impose leur retrait dans ces zones.

Ce que ça pourrait changer

Les câbles sous-marins illustrent l’empreinte écologique réelle du **numérique**, souvent présenté comme immatériel ou « dans les nuages ». Leur fabrication et leur fin de vie nécessitent l’extraction de **métaux lourds**, une activité polluante. L’association *Le Nuage était sous nos pieds* souligne que les études environnementales des nouveaux câbles ignorent souvent leur impact global, notamment l’**extractivisme**. Par ailleurs, l’essor de l’**intelligence artificielle** (IA) et des **datacenters** (centres de données) augmente la demande en câbles sous-marins, avec des conséquences en termes de consommation d’eau et d’électricité. Par exemple, le déploiement des câbles est **indispensable à l’IA**, elle-même très gourmande en ressources.

Sujets complémentaires

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