Les maisons fissurées pourraient coûter jusqu'à 500 milliards d'euros
Combien coûteront les maisons fissurées par les sécheresses à répétition ? Invité mercredi 22 juillet sur BFM Business, le directeur général de la Caisse centrale de réassurance ( CCR ), Édouard Vieillefond, avance un chiffre vertigineux : le montant des dégâts causés par le retrait-gonflement des argiles pourrait s'élever à 500 milliards d'euros. Ce phénomène serait « le risque principal aujourd'hui » parmi les catastrophes.
Les fissures dans les maisons sont principalement causées par des mouvements du sol, eux-mêmes liés à des variations climatiques extrêmes. Ces mouvements peuvent provenir de sécheresses prolongées, qui assèchent les sols argileux et les font se contracter, ou de pluies intenses qui les saturent et les font gonfler. En France, environ 10 000 communes sont concernées par ce phénomène, notamment dans des régions comme la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie ou la Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les sols argileux, très répandus en France, sont particulièrement sensibles à ces variations, car ils absorbent l’eau comme une éponge puis se rétractent en séchant, ce qui fragilise les fondations des bâtiments. Les fissures apparaissent alors sur les murs, les sols ou les plafonds, et peuvent s’aggraver avec le temps si les causes ne sont pas traitées.
Les assureurs français pourraient devoir faire face à des indemnisations s’élevant jusqu’à 500 milliards d’euros pour réparer les dommages causés par ces fissures. Ce montant représente une estimation maximale, mais il illustre l’ampleur des risques financiers encourus. En 2023, les sinistres liés aux mouvements de terrain ont déjà coûté près de 1,5 milliard d’euros aux assureurs, selon la Fédération française de l’assurance (FFA). Ces dépenses incluent non seulement les réparations des bâtiments, mais aussi les indemnisations des propriétaires pour les biens endommagés. Les assureurs craignent que cette tendance ne s’aggrave avec l’intensification des épisodes de sécheresse et de canicules, liés au changement climatique.
Les assureurs jouent un rôle central dans la gestion de ce risque, car en France, l’assurance habitation est obligatoire pour les propriétaires. La garantie dégâts des eaux couvre généralement les fissures liées aux mouvements de terrain, mais les indemnisations peuvent être longues et complexes à obtenir. Les assureurs doivent évaluer la cause des fissures (sécheresse, défaut de construction, etc.) avant d’accepter de prendre en charge les réparations. Certains refusent de couvrir les dommages si la cause est liée à un défaut d’entretien ou à une construction non conforme aux normes. Cette situation crée des tensions entre les propriétaires, qui estiment être victimes de phénomènes climatiques hors de leur contrôle, et les assureurs, qui cherchent à limiter leurs pertes.
Les propriétaires ont une part de responsabilité dans la prévention et la gestion des fissures. Ils doivent surveiller régulièrement l’état de leur logement, notamment en cas de sécheresse ou de fortes pluies, et signaler rapidement tout signe de fissuration aux assureurs. Certaines mesures préventives, comme l’installation de pieux ou de drains, peuvent limiter les risques, mais elles sont coûteuses et souvent peu connues des particuliers. En cas de sinistre, les propriétaires doivent fournir des preuves (photos, rapports d’experts) pour faciliter l’indemnisation. Cependant, beaucoup ignorent ces démarches ou sous-estiment l’importance de l’entretien de leur logement, ce qui peut aggraver les dommages et compliquer les recours auprès des assureurs.
Face à l’ampleur du problème, les pouvoirs publics commencent à s’emparer du sujet. En 2023, le gouvernement a annoncé un plan de prévention des risques liés aux mouvements de terrain, incluant des aides financières pour les propriétaires et des campagnes d’information sur les bonnes pratiques. Cependant, ces mesures restent limitées et ne couvrent pas l’ensemble des besoins. Les collectivités locales et les régions sont également appelées à jouer un rôle en identifiant les zones à risque et en adaptant les règles d’urbanisme. Pourtant, les associations de défense des consommateurs et des propriétaires dénoncent un manque de coordination et de moyens pour faire face à une crise qui s’aggrave avec le changement climatique.

