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Des arbres responsables de la pollution urbaine?

Le Devoir · mis à jour il y a 13 j

Ils peuvent notamment favoriser la production d’ozone et ainsi contribuer à dégrader la qualité de l’air..

Les arbres émettent des polluants

Une étude publiée dans la revue Science Advances en août 2026 révèle que les arbres en ville peuvent contribuer à la pollution de l’air en libérant des composés organiques volatils (COV). Ces substances, comme l’isoprène, réagissent sous l’effet de la lumière du soleil avec des oxydes d’azote (provenant des véhicules et des industries) pour former de l’ozone, un gaz irritant pour les poumons. À Pékin, en Chine, la végétation urbaine (arbres, parcs) produit plus de 50 % des COV responsables de ces réactions chimiques. Les chercheurs ont identifié que les saules pleureurs et les peupliers, souvent plantés pour leur croissance rapide, émettent particulièrement de l’isoprène. Cette découverte surprend car les arbres sont généralement perçus comme des solutions contre la pollution.

Des villes plus touchées que d’autres

L’étude a analysé les émissions d’isoprène dans plusieurs grandes villes mondiales. Certaines, comme Melbourne et Sydney en Australie, dépassent même Pékin en volume de COV émis par la végétation. Les villes concernées partagent une caractéristique : leur couverture arborée inclut des essences très émettrices d’isoprène, comme l’eucalyptus (Australie), le chêne (États-Unis) ou le saule (Chine). Les chercheurs soulignent que le réchauffement climatique aggrave ce phénomène : à 35 °C, la végétation urbaine contribue à 74 % des réactions produisant de l’ozone, contre 21 % à 20 °C. Cette tendance pourrait s’accentuer avec l’augmentation des températures.

Des solutions pour limiter l’impact

Les auteurs de l’étude proposent une solution simple : remplacer une partie des arbres émetteurs d’isoprène par des essences moins réactives. Ils recommandent aux urbanistes de privilégier des espèces adaptées lors des projets de verdissement, afin d’éviter une détérioration de la qualité de l’air. Par exemple, des chênes ou des érables pourraient être préférés aux peupliers ou aux saules. Cette approche vise à concilier les bénéfices environnementaux des arbres (ombrage, réduction des îlots de chaleur) avec la limitation des émissions de COV. L’étude insiste sur l’importance de la diversité des essences plantées pour éviter des problèmes comme les maladies ou les monocultures.

Montréal mise sur la diversité

À Montréal, les responsables de la foresterie urbaine, comme Anthony Daniel et Laurence Larose, confirment que la situation est différente de Pékin. La ville est moins polluée et moins chaude, ce qui réduit le risque de production d’ozone. Entre 2015 et 2024, 260 espèces d’arbres ont été plantées, avec une préférence pour des essences résistantes aux contraintes urbaines (pollution, sols compactés, sels de déglaçage). Les chênes, les érables, les féviers et les ginkgos sont parmi les plus choisis. Les peupliers et saules sont moins fréquents, car leur croissance rapide n’est pas un critère prioritaire. Les arbres sont sélectionnés en fonction de leur adaptation au site, comme le charme de Caroline pour les zones ombragées ou le févier d’Amérique pour les artères très fréquentées.

Ce que ça pourrait changer

Malgré leur émission d’isoprène, les arbres restent essentiels pour Montréal. Anthony Daniel souligne que leurs avantages (réduction des températures, ombre, biodiversité) l’emportent sur les risques de pollution. La ville évite les monocultures pour limiter les maladies (comme l’agrile du frêne) et privilégie des essences variées. Par exemple, des peupliers âgés ont été remplacés par des chênes rouges au parc La Fontaine pour des raisons de sécurité. Les stratégies de plantation actuelles visent à équilibrer les besoins écologiques et urbains, tout en anticipant les effets du changement climatique sur la végétation.

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