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Philosophie

Répression culturelle en Serbie Zajednica Umetnosti i Kulture

Multitudes · mis à jour il y a 13 j

Multitudes publie ci-dessous un document rédigé et diffusé internationalement par des activistes et artistes serbes soumis à une répression politique qui passe largement sous les radars de l’attention médiatique des pays occidentaux1. Il nous semble de notre devoir de relayer ce document par solidarité avec les forces de résistance qui se sont élevées depuis deux … Continuer la lecture de Répression culturelle en Serbie Zajednica Umetnosti i Kulture →.

Contexte politique serbe

Depuis 2012, la Serbie est dirigée par un gouvernement d’extrême droite qui a intensifié sa répression politique et culturelle à partir de novembre 2024. Cette période coïncide avec l’effondrement d’une verrière dans une gare rénovée, causant 16 morts et déclenchant le plus grand mouvement étudiant de l’histoire du pays. Les manifestations dénonçaient la corruption systémique, le contrôle des médias et les abus des institutions publiques. En réponse, le gouvernement a accru la censure, la violence et les mesures autoritaires, fragilisant davantage la démocratie serbe. Cette répression s’inscrit dans un contexte où les libertés académiques et artistiques sont de plus en plus menacées, avec des conséquences majeures pour la société civile et les travailleurs culturels.

Création de la ZUK

La Zajednica Umetnosti i Kulture (ZUK), ou Communauté des arts et de la culture, est un collectif informel créé en 2024-2025 par des artistes, universitaires et acteurs culturels serbes. Ce groupe rassemble des professionnels de neuf villes différentes, dont Belgrade, Novi Sad et Užice. La ZUK a pour objectif de documenter et de résister à la répression systématique exercée par le gouvernement contre le secteur culturel. Elle vise notamment à briser l’isolement des travailleurs culturels en créant un espace de solidarité et en recueillant des témoignages sur les violations des droits. La ZUK a lancé une Chronique de la répression dans le domaine culturel en novembre 2025 pour partager ces informations et encourager la résistance collective.

Méthodes de répression

La répression en Serbie prend plusieurs formes, souvent subtiles mais efficaces. Parmi les méthodes documentées par la ZUK, on trouve des licenciements ou menaces de licenciement (6 cas), du chantage (5 cas), et des pressions exercées par des commissaires locaux du parti au pouvoir pour intimider le personnel dissident. Des modifications réglementaires ont été introduites, comme au Théâtre de la ville de Šabac ou au Théâtre national de Belgrade, où un nouveau règlement disciplinaire adopté en septembre 2025 a privé les employés de nombreux droits fondamentaux. D’autres institutions, comme certains musées, exigent désormais l’accord écrit des directeurs pour toute activité, y compris les visites guidées gratuites. La censure directe est également répandue, avec l’annulation de manifestations programmées pour des raisons politiques ou des thèmes jugés indésirables.

Censure et listes noires

La censure en Serbie ne se limite pas aux annulations d’événements. Les listes noires jouent un rôle clé dans la répression, bien qu’elles soient invisibles pour le public. Ces listes, dont l’existence est souvent niée par les autorités, visent à marginaliser les artistes et travailleurs culturels perçus comme opposants. Les directeurs d’institutions culturelles sont avertis de surveiller les prises de parole lors des inaugurations, et l’autonomie éditoriale est régulièrement compromise. Par ailleurs, des fermetures de bâtiments ou des travaux de rénovation sous prétexte de sécurité (comme au Théâtre national de Belgrade) servent à restreindre la liberté d’expression. La scène culturelle indépendante est particulièrement ciblée, avec des poursuites judiciaires, des inspections financières abusives et des charges administratives excessives.

Conséquences humaines et professionnelles

Les conséquences de cette répression sont graves, tant sur le plan personnel que professionnel. Les artistes licenciés illégalement voient leurs moyens de subsistance menacés, tandis que leur santé physique et mentale est affectée. Les jeunes artistes censurés craignent pour l’avenir de leur carrière, ce qui pousse de nombreux travailleurs culturels à émigrer pour échapper à ces contraintes. Les familles des personnes licenciées sont également touchées, avec des situations urgentes dans certains cas. Les violations des lois et règlements restent souvent impunies, faute de moyens juridiques pour les travailleurs culturels. Par exemple, au Théâtre national d’Užice, 278 violations de la Constitution et des lois ont été recensées, illustrant l’effondrement du système juridique.

Impact sur la coopération internationale

La répression en Serbie a également un impact sur la coopération internationale. De nombreux projets culturels, festivals et résidences ont été suspendus en raison du manque de financement ou des restrictions imposées par le régime. Certains artistes internationaux, sans le savoir, participent à des projets liés à des structures alignées sur le gouvernement, ce qui risque de renforcer ces conditions. L’EXPO 2027 à Belgrade, présentée comme un événement culturel mondial, est en réalité un projet contrôlé par le régime. Une part disproportionnée des fonds publics y est consacrée, au détriment de l’infrastructure culturelle locale. Ce projet soulève des préoccupations concernant la transparence, la corruption et l’impact environnemental, tout en sapant les droits fondamentaux des artistes serbes.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette situation, la ZUK lance un appel à la communauté internationale. Elle demande aux collègues étrangers de faire connaître la répression en Serbie, d’engager le dialogue avec les acteurs locaux, et de dénoncer les violations des libertés démocratiques. Elle invite également à s’informer avant toute collaboration avec l’EXPO 2027 ou des programmes associés, et à interroger les gouvernements et institutions sur leur participation à cet événement. Malgré les défis, la ZUK reste ouverte à la collaboration et encourage la solidarité collective. Elle souligne que, dans un contexte de crise mondiale, la résistance et le soutien mutuel sont essentiels pour préserver les libertés fondamentales.

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