Johanna Lehr et les françaises du bloc 10.
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Johanna Lehr est une historienne et psychologue clinicienne française, spécialiste de l'histoire de la déportation et des expériences nazies. Son travail combine une approche historique rigoureuse et une sensibilité clinique pour comprendre les traumatismes subis par les victimes. Dans ce podcast, elle partage les résultats de ses recherches sur les 55 femmes françaises déportées au bloc 10 du camp d'Auschwitz, où elles ont été soumises à des expériences de stérilisation. Son livre, publié en 2026 aux éditions Gallimard, s'intitule Auschwitz, une histoire de femmes : Les Françaises du bloc 10. Elle y reconstitue les trajectoires individuelles de ces femmes, souvent épouses ou mères, arrêtées dans la France de Vichy avant d'être déportées en tant que juives.
Le convoi 58 est un transport de déportés parti de la gare de Bobigny, en région parisienne, le 31 juillet 1943. Il arrive à Auschwitz, en Pologne, le 2 août 1943, après un voyage de moins de 24 heures dans des conditions inhumaines. Parmi les 1 000 déportés de ce convoi, 55 femmes sont sélectionnées pour être placées au bloc 10, un bâtiment dédié aux expériences pseudo-scientifiques nazies sur la stérilisation des femmes. Ce convoi est emblématique car il illustre la politique nazie de déportation massive et systématique des Juifs de France, incluant des femmes et des enfants, dans le cadre de la Solution finale.
Le bloc 10 était un bâtiment spécifique du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz, utilisé par les médecins nazis pour mener des expériences médicales sur les déportés, principalement des femmes. Ces expériences visaient à tester des méthodes de stérilisation forcée, dans le cadre des théories raciales nazies. Les victimes étaient souvent soumises à des opérations chirurgicales, des injections de produits chimiques ou des radiations, sans anesthésie ni consentement. Le bloc 10 symbolise l'horreur de la déshumanisation systématique des déportés par le régime nazi. Sur les 55 femmes françaises envoyées dans ce bloc, seules quelques-unes ont survécu à la guerre.
Les « Françaises du bloc 10 » désignent les 55 femmes déportées depuis la France, majoritairement d'origine étrangère, mais ayant vécu sur le territoire français avant leur arrestation. Elles ont été arrêtées dans le cadre des persécutions antisémites sous le régime de Vichy, puis déportées en tant que juives. Leur parcours illustre les spécificités de la déportation des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale : des lieux de détention distincts, des dangers spécifiques (violences sexuelles, stérilisations forcées) et des formes de solidarité particulières. Johanna Lehr a reconstitué leur histoire en croisant archives, témoignages et études psychologiques pour comprendre leur vécu avant, pendant et après la déportation.
Pour reconstituer l'histoire de ces femmes, Johanna Lehr a adopté une démarche d'enquête historique et clinique. Elle a exploré les archives disponibles, notamment celles des camps et des institutions nazies, tout en recueillant des témoignages de survivantes, de leurs proches ou de leurs descendants. Son approche combine l'analyse des documents historiques et l'écoute des récits de vie, afin de saisir non seulement les faits objectifs, mais aussi les émotions et les traumatismes subis. Cette méthode permet de donner une voix à des femmes souvent effacées de l'Histoire, tout en éclairant les conséquences psychologiques et sociales de leur expérience. Le résultat est une reconstruction minutieuse de leurs trajectoires, depuis leur arrestation jusqu'à leur éventuelle survie.
Pour les survivantes du bloc 10, la vie après Auschwitz a été marquée par des défis physiques, psychologiques et sociaux. Certaines ont dû faire face à des problèmes de santé liés aux expériences subies, comme des complications post-opératoires ou des stérilités forcées. D'autres ont lutté pour se reconstruire sur le plan familial, notamment en reprenant une vie de couple ou en élevant des enfants après la guerre. Johanna Lehr aborde également les questions d'indemnisation : les survivantes ont parfois eu du mal à obtenir réparation pour les souffrances endurées, en raison des lacunes juridiques ou des résistances des institutions. Son livre explore ces enjeux, en s'appuyant sur des témoignages inédits pour montrer comment ces femmes ont tenté de retrouver une forme de normalité malgré l'irreversible.
L'étude des Françaises du bloc 10 met en lumière un aspect méconnu de la Shoah : le sort spécifique des femmes dans les camps nazis. Contrairement aux hommes, les femmes ont souvent subi des violences sexuelles, des stérilisations forcées ou des expérimentations médicales ciblant leur appareil reproducteur. Leur histoire révèle aussi les mécanismes de solidarité féminine dans l'adversité, ainsi que les stratégies de survie développées dans un environnement conçu pour les détruire. En reconstituant ces parcours, Johanna Lehr contribue à une histoire plus inclusive de la déportation, en redonnant une place centrale aux victimes souvent invisibilisées. Son travail rappelle l'importance de préserver la mémoire de ces femmes, dont les voix ont été étouffées par l'Histoire.

