Pourquoi les universités américaines remettent en question leur examen d’entrée historique
Plus de deux millions d’élèves ont passé le SAT en 2025. zimmytws/iStock/Getty Images Plus L’ESSENTIEL Créé en 1926, le SAT, un examen standardisé, a révolutionné l’accès aux universités américaines en uniformisant les examens d’entrée.
En 1926, le SAT (Scholastic Assessment Test) a été créé aux États-Unis par le College Board, une organisation fondée en 1900 par les présidents de douze grandes universités. Avant cette date, chaque université organisait son propre examen d'entrée, souvent sous forme de dissertations corrigées par des professeurs. Le SAT a révolutionné ce système en proposant un examen standardisé et identique pour tous les candidats, permettant une évaluation plus objective et équitable. En 1926, 8 000 lycéens ont passé ce premier examen, composé de 315 questions à répondre en 97 minutes. À l'époque, le SAT ne comportait pas toujours de questions de mathématiques et utilisait parfois des épreuves originales, comme une langue artificielle où les candidats devaient construire des phrases selon des règles complexes. Ce test marquait une rupture en offrant une alternative aux déplacements coûteux vers les universités pour passer les examens.
Dans les années 1940, seulement 10 000 élèves passaient le SAT chaque année. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, son utilisation s'est généralisée grâce à des programmes comme le GI Bill, qui a permis à des millions d'anciens combattants de poursuivre des études supérieures. Face à l'augmentation des candidatures, les universités ont commencé à s'appuyer davantage sur les résultats du SAT pour sélectionner les étudiants. En 1960, le système des universités de Californie est devenu le premier grand réseau public à rendre le SAT obligatoire. La même année, l'ACT (American College Testing) a été créé comme alternative. Au fil des décennies, le SAT a continué d'évoluer : en 1994, les candidats ont été autorisés à utiliser une calculatrice, et en 2024, l'examen est devenu entièrement numérique et sa durée a été réduite à deux heures et quinze minutes.
Le SAT est critiqué pour son manque d'équité sociale. Les résultats sont fortement corrélés à l'origine sociale des élèves : les candidats issus de familles aisées obtiennent en moyenne de meilleurs scores. Par exemple, les élèves dont les familles gagnent plus de 200 000 $ par an ont 13 fois plus de chances d'obtenir au moins 1 300 points sur 1 600 que ceux issus de milieux modestes. Plusieurs facteurs expliquent ces écarts : le coût de l'examen (payant), l'accès à des cours de préparation privés, et la qualité des lycées fréquentés. Les écarts de résultats entre groupes raciaux sont également documentés, avec des moyennes plus élevées pour les élèves d'origine asiatique et blanche. Ces inégalités alimentent le débat sur la pertinence du SAT comme outil de sélection.
Depuis les années 2000, environ 86 % des universités américaines n'exigent plus les résultats du SAT ou de l'ACT pour examiner les candidatures. Cette tendance s'est accélérée avec la pandémie de Covid-19 en 2020, qui a empêché la plupart des élèves de passer ces examens. En 2020 et 2021, presque aucune université n'a imposé ces tests. En 2025, plus de 2 000 établissements continuent de ne pas les exiger, mais certains maintiennent des conditions liées aux résultats pour l'attribution de bourses. Malgré cette évolution, le SAT reste un passage quasi incontournable pour de nombreux lycéens : en 2025, 2 millions d'élèves (47 % des terminales) l'ont passé, un chiffre en hausse depuis la pandémie.
Le SAT joue un rôle majeur dans le système éducatif américain, car il influence non seulement l'admission dans les universités, mais aussi l'attribution de bourses. Une amélioration de seulement 50 à 100 points peut ouvrir l'accès à des milliers d'euros de financement. Cependant, son utilité comme indicateur de réussite universitaire est remise en question. Certaines études montrent que les notes obtenues au lycée prédisent mieux la réussite à l'université que les résultats au SAT. De plus, le SAT ne reflète pas parfaitement le potentiel des élèves, mais il reste un rite de passage pour la majorité des lycéens envisageant des études supérieures. Son avenir dépendra de la capacité des universités à trouver des alternatives plus équitables pour évaluer les candidats.

