NapseflowNapseflow
Géopolitique

Le nouveau choc chinois oblige l’Europe à se réinventer plus qu’à se protéger

Le Grand Continent · mis à jour il y a 28 j

Le maximalisme industriel de Pékin est en train de faire changer le modèle européen. L’article Le nouveau choc chinois oblige l’Europe à se réinventer plus qu’à se protéger est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Nouveau tournant 2026

En juin 2026, l’Union européenne a marqué un tournant dans ses relations avec la Chine en appelant la Commission à lutter contre les déséquilibres macroéconomiques mondiaux. Cette décision, soutenue par des pays comme la France, l’Italie, les Pays-Bas et l’Allemagne, reflète un durcissement progressif de la politique commerciale européenne depuis la fin de la pandémie. Contrairement à une approche purement défensive, l’UE privilégie désormais la sécurité économique plutôt qu’un accès illimité au marché chinois. Ce changement s’explique par des inquiétudes croissantes concernant la compétitivité industrielle européenne face à la montée en puissance des exportations chinoises. Les dirigeants européens s’interrogent sur la capacité des investissements chinois à générer de la valeur locale, des transferts de technologie ou des emplois en Europe. Bien que la Chine ne soit pas explicitement nommée dans les déclarations publiques, son excédent commercial croissant avec l’UE (passé de 180 milliards d’euros en 2015 à 360 milliards en 2025) est au cœur des préoccupations.

Menaces industrielles

La Chine représente une menace directe pour l’industrie européenne, notamment dans des secteurs clés comme l’automobile, les machines et la chimie. Les exportations chinoises ont augmenté de plus de 50 % depuis 2019, tandis que l’Europe subit une vague de fermetures d’usines. Par exemple, Volkswagen a enregistré une baisse de 20 % de ses ventes en Chine au premier trimestre 2026, entraînant la suppression de 100 000 emplois et la fermeture de quatre usines. Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint 98 milliards d’euros au premier trimestre 2026, un niveau record depuis 2022. Les importations chinoises ont augmenté de 3,4 %, tandis que les exportations européennes vers la Chine ont reculé de 4,8 %. Les entreprises européennes, comme Bosch, BASF ou Varta, ont supprimé 130 000 emplois en Allemagne en 2025, un rythme qui s’est accéléré en 2026. Les investissements directs étrangers (IDE) vers la Chine ont également diminué, reculant de 9,5 % en 2025 après une baisse de 24,7 % en 2024.

Stratégie de dé-risking

L’UE a adopté une stratégie appelée de-risking (réduction des risques) pour limiter sa dépendance à la Chine, introduite par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen en mars 2023. Cette approche vise à protéger les industries européennes tout en maintenant un dialogue avec Pékin. Bruxelles a déjà pris plusieurs mesures, comme la suspension du financement des onduleurs fabriqués en Chine, l’augmentation des droits de douane sur l’acier (de 25 % à 50 %) et la réduction des contingents en franchise de droits. Depuis 2024, des droits de douane compris entre 7,5 % et 35,5 % sont appliqués sur les véhicules électriques chinois, y compris ceux produits par des marques étrangères comme Tesla. La Commission a également renforcé le contrôle des investissements dans les batteries, notamment ceux impliquant l’entreprise chinoise CATL. Ces mesures visent à encourager les investissements réels, protéger la propriété intellectuelle et préserver les emplois européens.

Réponse chinoise et tensions

La Chine a réagi aux mesures européennes en imposant des contre-sanctions sur des produits comme les spiritueux et les cosmétiques. Pékin pourrait aller plus loin si l’UE durcit davantage ses restrictions commerciales. Malgré ces tensions, un consensus émerge à Bruxelles pour utiliser les outils de sécurité économique de manière décisive. La Chine, de son côté, semble adoucir son discours, bien que les négociations restent incertaines, notamment concernant un sommet UE-Chine prévu pour l’été 2026. Feng Zhongping, spécialiste de l’UE à l’Académie chinoise des sciences sociales, a souligné que l’UE devrait poursuivre sa double approche : réduire les risques tout en traitant la Chine comme un partenaire commercial indispensable. Cependant, les appels à renforcer la capacité industrielle européenne se multiplient, avec des initiatives comme l’Industrial Accelerator Act (IAA) proposé par la Commission.

Industrial Accelerator Act

L’Industrial Accelerator Act (IAA), inspiré du rapport Draghi, est une initiative de la Commission européenne visant à renforcer la compétitivité industrielle de l’UE. Son objectif est de porter la part de l’industrie manufacturière à 20 % du PIB d’ici 2035. L’IAA simplifie les procédures d’autorisation, stimule la demande en technologies bas carbone Made in Europe et consolide les chaînes d’approvisionnement dans des secteurs stratégiques comme les véhicules électriques, les batteries, le solaire et les matières premières critiques. Le texte durcit également les conditions pour les investissements étrangers dans ces secteurs. Par exemple, les investissements supérieurs à 100 millions d’euros réalisés par des entreprises contrôlant plus de 40 % de la chaîne de valeur mondiale seraient soumis à des exigences strictes : transferts de technologie, obligations de contenu local et seuils minimaux d’emploi pour les travailleurs européens. Les entreprises devraient satisfaire à au moins quatre des six critères d’éligibilité, dont un plafond de 49 % pour la participation étrangère.

Ce que ça pourrait changer

Les tensions entre l’UE et la Chine s’inscrivent dans un contexte géopolitique plus large, marqué par la guerre en Ukraine et les soupçons européens quant au soutien de Pékin à Moscou. Depuis le début de la guerre commerciale lancée par Donald Trump en 2018, les exportations chinoises se sont réorientées vers l’Europe, qui compte 450 millions de consommateurs. Cette réorientation a exacerbé les déséquilibres commerciaux, avec 15 % des exportations chinoises désormais destinées à l’UE. Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce, a déclaré qu’un déficit commercial d’un milliard d’euros par jour n’est pas tenable. L’UE ne peut plus compter sur une coordination transatlantique avec les États-Unis, car les mécanismes de concertation sur la Chine sont à l’arrêt depuis 2020. Bruxelles doit donc agir seule pour protéger ses intérêts économiques et industriels.

Sujets complémentaires