L’Europe est “incapable de se représenter son avenir sans Washington”
Le sommet de l’Otan organisé les 7 et 8 juillet à Ankara a montré à quel point les puissances du Vieux Continent comptent sur les États-Unis de Donald Trump en matière de défense. Le journal allemand “Der Spiegel” appelle les Européens à changer de stratégie, face à un président américain devenu un “danger pour ses alliés”..
En juillet 2026, un sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) s’est tenu à Ankara, en Turquie. Cet événement a réuni les dirigeants de plusieurs pays membres, dont les présidents des États-Unis, de la France et de l’Allemagne, ainsi que le chancelier allemand. L’Otan est une alliance militaire créée en 1949 pour assurer la sécurité collective de ses membres, notamment face à la menace soviétique pendant la Guerre froide. Aujourd’hui, elle compte 32 pays, dont la France et l’Allemagne, et repose sur le principe de défense mutuelle : une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. Lors de ce sommet, les déclarations de Donald Trump, alors président des États-Unis, ont attiré l’attention des médias. Il a notamment promis d’autoriser l’Ukraine à fabriquer ses propres missiles Patriot, une arme de défense antiaérienne utilisée pour protéger les avions et les infrastructures contre les attaques. Cependant, ses propos contradictoires et ses menaces envers certains alliés européens, comme l’Espagne, ont suscité des interrogations sur la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire.
Selon le journal allemand Der Spiegel, les Européens, lors de ce sommet, ont montré une forte dépendance envers les États-Unis pour leur sécurité. Le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé une européanisation de l’Otan, c’est-à-dire une plus grande autonomie de l’Europe dans la gestion de sa défense, tout en précisant que l’alliance devait rester transatlantique, c’est-à-dire impliquant toujours les États-Unis. Cette nuance illustre la difficulté des Européens à imaginer un avenir sans Washington. Der Spiegel souligne que cette dépendance est une erreur, car elle expose l’Europe à des risques si les États-Unis, sous une direction comme celle de Donald Trump, décident de se retirer de l’Otan ou de réduire leur engagement. Trump a d’ailleurs multiplié les menaces envers les alliés européens, comme l’annexion du Groenland (territoire autonome danois) ou des reproches pour leur manque de soutien dans un conflit avec l’Iran. Malgré ces tensions, les Européens semblent craindre par-dessus tout un retrait américain de l’Otan.
Le journal Der Spiegel estime que l’Europe n’est pas aussi vulnérable qu’elle le croit face à une possible réduction de l’engagement américain. L’Europe dispose en effet de deux puissances nucléaires : la France et le Royaume-Uni. Ces pays possèdent l’arme nucléaire, ce qui leur confère une capacité de dissuasion majeure en matière de sécurité. Par ailleurs, l’armée ukrainienne est considérée comme l’une des plus expérimentées et créatives au monde, grâce à son expérience récente dans le conflit contre la Russie. Ces atouts pourraient être renforcés si les pays européens parvenaient à mieux coordonner leurs actions. Cependant, le journal souligne que l’Europe reste vulnérable en raison de ses divisions internes, notamment dans le domaine de la sécurité. Les disputes entre industriels, comme celles ayant conduit à l’échec du projet d’avion de combat Scaf (un projet franco-germano-espagnol), illustrent ces faiblesses. Le Scaf, développé par les entreprises Dassault (France), Airbus (Allemagne) et l’espagnol Indra, devait être un avion de combat de nouvelle génération, mais les désaccords entre partenaires ont retardé et complexifié le projet.
L’article souligne que la possibilité d’un retrait américain de l’Otan est une menace réelle, et non une simple hypothèse. Les Européens semblent penser que cette situation pourrait être temporaire, notamment si Donald Trump n’est pas réélu. Cependant, *Der Spiegel* met en garde contre cette vision optimiste : même après Trump, les États-Unis pourraient ne plus s’investir autant qu’avant dans la sécurité de l’Europe. Les politiciens et diplomates européens semblent sous-estimer ce risque, en espérant que l’Otan survivra au mandat de Trump. Pourtant, l’article rappelle que remplacer la puissance américaine ne sera pas possible du jour au lendemain. Les Européens doivent donc anticiper cette éventualité et renforcer leur coopération, notamment en matière de défense et d’industrie militaire, pour réduire leur dépendance. L’échec du Scaf est cité comme un exemple de ce qui ne doit plus se reproduire : une collaboration insuffisante entre pays européens, freinée par des intérêts nationaux divergents.

