La cuisine de nos aïeux était-elle si bonne ?
Alors que les cas d’obésité, de diabète, d’infarctus, d’AVC et de cancers liés à l’alimentation sont aujourd’hui nombreux, il est tentant d’idéaliser les bons petits plats mitonnés par nos grands-parents. Pourtant, rappelle la “Neue Zürcher Zeitung”, ils n’étaient pas forcément plus sains ni plus goûteux..
Nos grands-parents sont souvent perçus comme des figures culinaires idéales, dont les plats seraient à la fois plus sains et plus savoureux que ceux d’aujourd’hui. Cette vision romantisée s’appuie sur l’idée que les maladies liées à l’alimentation, comme l’obésité, le diabète ou les cancers, étaient moins fréquentes autrefois. Pourtant, cette perception est largement biaisée par la nostalgie. En réalité, les recettes de nos aïeux n’étaient pas forcément plus équilibrées ou moins caloriques. Par exemple, le journaliste Dominik Flammer, 59 ans, évoque avec nostalgie les fraisiers revisités de sa grand-mère, née en 1894 : du pain de mie industriel grillé dans de la margarine, recouvert de sucre, de cannelle et de fraises confites pendant trois heures. Ces plats, bien que délicieux, étaient riches en sucres ajoutés et en graisses saturées, des ingrédients aujourd’hui pointés du doigt pour leurs effets néfastes sur la santé.
Les recettes traditionnelles étaient souvent élaborées avec des ingrédients accessibles et économiques, mais pas toujours sains. La grand-mère de Dominik Flammer excellait aussi dans les fritures, une technique culinaire courante à l’époque, car elle permettait de cuisiner rapidement et à moindre coût des aliments comme les pommes de terre ou les légumes. Cependant, ces méthodes de cuisson étaient riches en graisses et en calories. De plus, l’usage de produits industriels comme le pain de mie ou la margarine, bien que pratique, n’était pas optimal sur le plan nutritionnel. Ces pratiques reflètent un contexte historique où la priorité était donnée à la quantité et à la conservation des aliments, plutôt qu’à leur qualité nutritionnelle. Aujourd’hui, ces mêmes recettes seraient considérées comme déséquilibrées, voire dangereuses en cas de consommation excessive.
L’article souligne que les maladies liées à l’alimentation, comme le diabète, les infarctus ou les AVC, étaient effectivement moins diagnostiquées autrefois. Cependant, cela ne signifie pas que les régimes alimentaires de nos grands-parents étaient sains. Plusieurs facteurs expliquent cette différence : d’abord, l’espérance de vie était plus courte, donc les maladies chroniques liées à l’alimentation avaient moins de temps pour se développer. Ensuite, les méthodes de diagnostic étaient moins avancées, ce qui rendait les maladies moins visibles. Enfin, les modes de vie étaient globalement plus actifs, ce qui compensait en partie les déséquilibres alimentaires. Aujourd’hui, avec une alimentation souvent ultra-transformée et une sédentarité accrue, les risques de maladies chroniques ont augmenté, mais cela ne signifie pas que le passé était idéal.
Les recettes de nos aïeux étaient aussi le reflet d’un contexte social et économique très différent du nôtre. Par exemple, la grand-mère de Dominik Flammer, née en 1894, a grandi dans une Europe marquée par les guerres et les pénuries. Cuisiner avec des ingrédients simples et peu coûteux était une nécessité, pas un choix. Les techniques comme la friture ou l’ajout de sucre en grande quantité permettaient de rendre les aliments plus appétissants et de les conserver plus longtemps. De plus, les repas étaient souvent préparés en grande quantité pour nourrir une famille nombreuse, ce qui pouvait conduire à des excès. Aujourd’hui, ces pratiques sont moins courantes, mais elles ont laissé une empreinte dans nos habitudes alimentaires, parfois difficiles à abandonner.
L’article met en lumière un paradoxe : nous idéalisons souvent le passé tout en sachant que les recettes de nos grands-parents n’étaient pas parfaites. Par exemple, le *fraisier* de la grand-mère de Dominik Flammer, bien que délicieux, était riche en sucres et en graisses. Pourtant, nous continuons à associer ces plats à des souvenirs heureux et à une forme de pureté culinaire. Cette idéalisation s’explique par plusieurs facteurs : le temps qui efface les détails moins agréables, l’attachement aux traditions familiales, et l’influence des médias qui glorifient souvent le passé. Cependant, il est important de reconnaître que les recettes anciennes n’étaient pas forcément plus saines ou plus savoureuses que celles d’aujourd’hui, mais simplement différentes, adaptées à leur époque.

