Afghanistan : la traque talibane des cheveux apparents, foulards colorés et visages maquillés
Plus d’une cinquantaine de femmes et filles ont été arrêtées ou détenues entre juillet et septembre à Kaboul et Hérat pour avoir enfreint les règles vestimentaires imposées par les talibans. Dans un communiqué publié jeudi, l’ONU dénonce une répression qui s’accompagne de violences, de menaces et d’une marginalisation toujours plus profonde des Afghanes..
En Afghanistan, les talibans imposent des règles vestimentaires très strictes aux femmes et aux filles. Selon un rapport de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) publié entre juillet et septembre 2026, des arrestations ont eu lieu pour des motifs comme un foulard trop coloré, des mèches de cheveux visibles, le port de maquillage ou l’absence d’un voile couvrant entièrement les cheveux. Ces règles s’ajoutent à d’autres restrictions déjà en place, comme l’obligation pour les femmes de se déplacer accompagnées d’un mahram, un homme de leur famille (père, frère ou mari). La MANUA a recensé au moins 52 femmes et une fille arrêtées ou détenues à Kaboul et Hérat pour ces motifs. Ces arrestations visent à faire respecter une interprétation rigoriste de l’islam par les talibans, qui considèrent que ces détails vestimentaires ou esthétiques contreviennent à leurs normes morales. Les femmes relâchées après quelques heures restent marquées par la peur des représailles ou de la stigmatisation sociale.
Les restrictions imposées aux femmes afghanes se sont intensifiées depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021. En cinq ans, ces autorités ont progressivement éliminé les femmes de l’enseignement secondaire et supérieur, limité leur accès à l’emploi et restreint leur présence dans les espaces publics. Dès janvier 2024, la MANUA avait déjà documenté des arrestations similaires à Kaboul et dans la province de Daikundi. Pour obtenir la libération des femmes détenues, les autorités exigeaient parfois qu’un parent masculin signe un engagement garantissant leur respect futur des règles. À Hérat, en juin 2026, au moins 30 femmes ont été arrêtées par des agents du ministère de la promotion de la vertu et de la prévention du vice, une institution talibane chargée de faire appliquer la morale islamique. Ces arrestations ont provoqué des manifestations réprimées dans la violence, avec un mort et plusieurs blessés parmi les manifestants.
Les arrestations et les menaces des talibans ont des répercussions bien au-delà des détentions elles-mêmes. Selon la MANUA, les femmes arrêtées subissent souvent des insultes, des coups ou des menaces, et leur libération ne met pas fin aux conséquences psychologiques et sociales. La peur des représailles pousse de nombreuses femmes à éviter de sortir de chez elles, tandis que certaines familles interdisent à leurs filles de quitter leur domicile par anticipation des sanctions. Cette auto-censure aggrave leur exclusion sociale et économique. La MANUA souligne que les 53 cas vérifiés ne représentent probablement qu’une infime partie des incidents, car beaucoup de femmes préfèrent ne pas témoigner par crainte de la honte sociale ou de représailles. Ces pratiques visent à contrôler non seulement les apparences, mais aussi la liberté de mouvement et l’autonomie des femmes afghanes.
La pression internationale sur les talibans s’accentue, notamment sur le plan judiciaire. Le 6 octobre 2026, la Cour pénale internationale (CPI) a rendu publics quatre mandats d’arrêt émis en 2025 contre des hauts responsables talibans, dont le chef suprême Haibatullah Akhundzada. Ces mandats les accusent de crimes contre l’humanité pour persécution fondée sur le genre, en raison d’atteintes systématiques aux droits des femmes, comme l’accès à l’éducation, à la liberté de circulation et à la vie privée. Les talibans rejettent la compétence de la CPI et continuent d’appliquer leurs règles sans tenir compte des obligations internationales de l’Afghanistan en matière de droits humains. La MANUA a appelé les autorités afghanes à mettre fin à ces pratiques discriminatoires, mais aucune réponse officielle n’a été rapportée dans l’article.
Les restrictions imposées par les talibans aux femmes afghanes ne se limitent plus à des règles vestimentaires ou de déplacement. En régulant leur apparence, leurs mouvements et leurs activités quotidiennes, les autorités talibanes transforment la simple présence des femmes dans l’espace public en une liberté constamment menacée. La MANUA considère que ces mesures portent atteinte aux libertés fondamentales de circulation, d’expression et d’autonomie des femmes. Les arrestations et les violences qui les accompagnent créent un climat de peur généralisé, où les femmes doivent sans cesse anticiper les risques avant de décider de sortir ou de travailler. Ce système de contrôle permanent vise à maintenir les femmes dans un état de soumission et d’exclusion, malgré les condamnations internationales.

