NapseflowNapseflow
Recherche

Minerais, pêche

The Conversation France · mis à jour 28 sept.

L’ESSENTIEL Contrairement à une idée reçue, l’interdiction d’exploiter les ressources minérales de l’Antarctique n’expirera pas en 2048 : cette date ouvre seulement une possibilité de réexamen du protocole qui interdit cette exploitation. En revanche, alors que le sous-sol reste largement inexploré, la pêche et le tourisme se développent rapidement.

Mythes sur l'Antarctique

L’Antarctique est souvent associé à l’idée d’une ruée vers le pétrole ou les minerais à partir de 2048, mais cette croyance repose sur deux idées reçues. D’abord, l’exploitation minérale n’est pas interdite jusqu’en 2048 : cette date marque simplement la possibilité de réexaminer le protocole de Madrid (1991), qui interdit toute exploitation minière en Antarctique sans limite de temps. Ensuite, les réserves de pétrole ou de minerais sous la glace antarctique restent largement théoriques. Aucune exploration par forage n’a été réalisée, et les estimations (entre 36 et 500 milliards de barils de pétrole) sont des extrapolations basées sur la géologie passée du continent, autrefois relié à d’autres terres où des gisements ont été trouvés. La Russie a mené des campagnes de levé sismique marin (technique utilisée pour repérer des gisements) dans la mer de Weddell depuis 2011, ce qui soulève des questions sur la frontière entre recherche scientifique et prospection commerciale.

Protocole de Madrid

Le protocole de Madrid, signé en 1991 et entré en vigueur en 1998, fait de l’Antarctique une réserve naturelle dédiée à la paix et à la science. Son article 7 interdit explicitement toute activité minière, sauf pour la recherche scientifique. Contrairement à une idée reçue, cette interdiction n’a pas de date d’expiration. En 2048, les Parties consultatives du traité sur l’Antarctique (1959) pourront demander une révision du protocole, mais l’interdiction minière ne sera levée que si un nouveau régime minier obligatoire est adopté – ce qui a échoué en 1989 avec la Convention de Wellington (CRAMRA). Une seule échappatoire existe : un État peut se retirer du protocole avec un préavis de deux ans, mais cela aurait un coût diplomatique élevé. Le principal risque actuel n’est donc pas une exploitation minière en 2048, mais l’érosion des mécanismes de coopération internationale.

Pêche au krill

La pêche en Antarctique, notamment celle du krill antarctique (petit crustacé essentiel à l’écosystème), est encadrée par la Convention sur la conservation de la faune et de la flore marine de l’Antarctique (CCAMLR, 1982). Cette convention, qui réunit 27 membres, vise à concilier conservation et utilisation rationnelle des ressources. Jusqu’en 2021, la pêche était limitée à 5,61 millions de tonnes par an, avec un seuil de déclenchement de 620 000 tonnes réparti par zone pour éviter de concentrer les captures près des colonies de manchots ou de baleines. En 2021, ce mécanisme de répartition a expiré et n’a pas été renouvelé en octobre 2024. Depuis, la pêche se déroule sans contrainte spatiale, alors que les scientifiques alertent sur l’impact de cette activité : la raréfaction du krill dans les zones d’alimentation force les prédateurs (baleines, manchots) à parcourir de plus longues distances, réduisant leur succès reproducteur. En 2025, les captures ont atteint les quotas bien plus tôt que prévu, signe d’une pression accrue sur les ressources.

Blocages politiques

Les décisions en matière de pêche et de protection de l’Antarctique sont prises par consensus au sein de la CCAMLR, ce qui donne un droit de veto à chaque membre. En octobre 2024, lors de la 44ᵉ réunion de la Commission à Hobart (Australie), aucun accord n’a été trouvé pour remplacer le mécanisme de répartition du krill. Une proposition norvégienne visant à doubler le seuil de 620 000 tonnes a été rejetée, tout comme les trois projets d’aires marines protégées (péninsule antarctique, Antarctique de l’Est, mer de Weddell), bloqués par la Russie et la Chine. Ces deux pays étendent leurs activités de pêche dans ces zones, malgré leur opposition aux mesures de conservation. La situation illustre la difficulté à faire avancer les règles de protection face aux intérêts économiques nationaux.

Tourisme en hausse

Le tourisme en Antarctique a connu une croissance spectaculaire, passant de 25 000 visiteurs en 2003-2004 à plus de 100 000 lors de la saison 2023-2024. Près de 98 % de l’activité se concentre sur la péninsule antarctique, où certains sites reçoivent jusqu’à 200 escales par saison. L’International Association of Antarctica Tour Operators (IAATO), une association professionnelle, encadre cette industrie par l’autodiscipline, sans pouvoir contraignant. En 2023, un processus a été lancé pour créer un cadre global de régulation, mais il reste en négociation en 2025. Le tourisme génère des revenus pour les programmes scientifiques, mais il pose des risques environnementaux : perturbation de la faune (notamment les manchots empereurs), augmentation des déchets, et pression sur des écosystèmes fragiles. Certains pays, comme la Norvège, ont proposé un gel du développement touristique jusqu’à l’adoption de règles communes, tandis que d’autres estiment que les outils existants suffisent.

Ce que ça pourrait changer

Les trois secteurs d’exploitation en Antarctique (minerais, pêche, tourisme) sont soumis à des régimes juridiques très inégaux. Le minerai est interdit sans limite de temps, la pêche est gérée par consensus (avec un risque de blocage), et le tourisme repose sur l’autorégulation professionnelle. Plus une ressource est exploitable aujourd’hui, plus son cadre réglementaire est faible. Le consensus, pilier du système, est de plus en plus menacé : des mesures de conservation non renouvelées, des projets d’aires marines protégées bloqués depuis dix ans, et un cadre touristique toujours en discussion. La condition essentielle à la coopération – l’absence d’intérêt national à rompre le consensus – s’érode bien avant 2048. Le risque majeur n’est pas une ruée vers le pétrole, mais l’affaiblissement progressif des mécanismes de protection de l’Antarctique, un continent dédié à la science et à la paix.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.