Les fantômes du G8 de Gênes hantent toujours l’Italie, vingt-cinq ans après
Il y a un quart de siècle, entre le 20 et le 22 juillet 2001, le sommet du G8 à Gênes donnait lieu à d’énormes manifestations qui débouchèrent sur des affrontements avec la police faisant une victime, Carlo Giuliani. Les fantômes de ces journées hantent encore l’Italie, rappelle “Il Venerdì”, qui consacre son numéro de la semaine à l’héritage complexe de ces événements..
En juillet 2001, le sommet du G8 s'est tenu à Gênes, une ville italienne de la côte ligurienne. Le G8 (Groupe des huit) est une réunion annuelle des dirigeants des huit pays les plus industrialisés du monde : les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, le Canada et la Russie (jusqu'en 2014). Ces sommets visent à discuter de questions économiques et politiques majeures. En 2001, environ 200 000 manifestants altermondialistes, opposés à la mondialisation, se sont rassemblés pour protester contre les décisions prises par ces dirigeants, qu'ils jugeaient injustes ou néfastes pour les populations et l'environnement.
Les manifestations ont dégénéré en violences entre les forces de l'ordre et certains groupes de manifestants, notamment les black blocs (des militants masqués et organisés en petits groupes, connus pour leurs actions radicales lors des rassemblements). Ces affrontements ont causé des centaines de blessés. Le 20 juillet 2001, un jeune Génois de 23 ans, Carlo Giuliani, a été tué par balle par un policier. Ce dernier a été encerclé par des manifestants agressifs et a tiré en légitime défense, selon les autorités. Aucune condamnation n'a été prononcée contre le policier. Par ailleurs, des policiers ont pénétré dans une école où dormaient des manifestants et les ont frappés violemment. Ces actes ont été qualifiés de torture par la Cour européenne des droits de l'homme, qui les a condamnés.
Les violences policières lors du G8 de Gênes ont eu des conséquences judiciaires durables. La Cour européenne des droits de l'homme a reconnu que les actions des forces de l'ordre avaient violé les droits humains, notamment en raison des actes de torture commis dans l'école Diaz. Ces décisions judiciaires ont marqué l'histoire juridique italienne et européenne, soulignant l'importance de la protection des droits fondamentaux même dans des contextes de crise. Cependant, malgré ces condamnations, aucun responsable n'a été condamné en Italie pour ces actes.
Pour les manifestants présents à Gênes en 2001, cet événement a marqué un tournant. Carlo Bonini, journaliste présent sur place, souligne que le G8 de Gênes n'a pas été seulement synonyme de violences policières et de répression, mais aussi d'une prise de conscience collective. Environ 200 000 personnes ont défilé pour dénoncer les inégalités liées à la mondialisation et exiger plus d'équité. Vingt-cinq ans plus tard, ces manifestants, alors âgés de 20 à 30 ans, estiment que le monde est devenu ce qu'ils combattaient ce jour-là. Leur rêve d'un monde plus juste aurait été brisé par la répression, selon l'expression utilisée par l'hebdomadaire Il Venerdì.
En juillet 2026, vingt-cinq ans après le G8 de Gênes, l'Italie se souvient encore de ces événements. L'hebdomadaire *Il Venerdì* consacre sa une à ce *fantôme de Gênes*, un symbole des violences policières et de la répression des mouvements sociaux. Le titre de l'article, *Le rêve brisé*, rappelle que la génération des manifestants de l'époque avait espéré changer le monde, mais que les inégalités et les injustices persistent. Cet anniversaire met en lumière l'héritage controversé de ce sommet et son impact sur la société italienne, ainsi que sur la perception des mouvements altermondialistes en Europe.

