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Culture

Non, les chatbots ne sont pas des doudous numériques !

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

Et si votre "chatbot" devenait votre nouveau doudou ? Derrière cette promesse de réconfort se cachent de nombreux pièges. La philosophe Anne Alombert rappelle, à la lumière des travaux de Donald Winnicott, pourquoi aucune machine ne peut tenir la place de nos relations humaines..

Chatbots et réconfort illusoire

Les chatbots, ces programmes d'intelligence artificielle capables de dialoguer, sont souvent perçus comme des outils de réconfort en raison de leur disponibilité permanente. Contrairement aux relations humaines, ils ne posent jamais de limites, ne contredisent jamais et ne s'épuisent jamais, ce qui peut donner l'impression d'un soutien inconditionnel. Certaines entreprises, comme Character AI, vont jusqu'à promettre de remplacer des figures parentales ou amicales par ces assistants virtuels. Cette vision repose sur une méconception de la fonction réelle du réconfort, qui ne se réduit pas à une écoute passive mais implique aussi des tensions et des désaccords nécessaires au développement personnel.

Doudou vs doudou numérique

Le concept d'objet transitionnel, développé par le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott dans les années 1950, décrit un objet (comme un doudou) qui aide l'enfant à passer de la fusion avec sa mère à une relation séparée. Ce processus est essentiel pour apprendre à reconnaître l'autre comme un être distinct et indépendant. Un chatbot, en revanche, ne peut jouer ce rôle car il ne permet pas de vivre cette séparation nécessaire. Il risque même de renforcer une illusion de toute-puissance en niant toute limite ou conflit, contrairement à un vrai doudou qui symbolise une transition vers l'autonomie.

Risques de l'isolement numérique

Les chatbots, en offrant des réponses toujours conformes aux attentes de l'utilisateur, créent des bulles informationnelles qui enferment l'individu dans ses propres idées. Contrairement aux relations humaines, qui impliquent des désaccords et des remises en question, ces outils renforcent les biais cognitifs et réduisent les interactions sociales réelles. La philosophe Anne Alombert souligne que cette dynamique aggrave l'isolement qu'elle prétend combattre, en exploitant les vulnérabilités humaines plutôt qu'en les apaisant. Les chatbots deviennent ainsi des objets anti-transitionnels, empêchant toute évolution vers une relation saine avec autrui.

Fonction réelle du doudou

Pour Winnicott, le doudou n'est pas un simple objet de réconfort mais un outil de développement psychologique. Il permet à l'enfant de tolérer la séparation d'avec sa figure maternelle en lui offrant un substitut rassurant, tout en acceptant progressivement que sa mère existe indépendamment de lui. Ce processus enseigne la réalité de l'altérité et prépare l'enfant à entrer en relation avec le monde extérieur. Un chatbot, en revanche, ne peut remplir cette fonction car il ne représente pas une altérité véritable : il reste un miroir des désirs de l'utilisateur, sans jamais imposer de réalité extérieure.

Ce que ça pourrait changer

En septembre 2026, les chatbots comme ceux de *Character AI* sont présentés comme des solutions pour pallier la solitude ou le manque de soutien. Pourtant, leur incapacité à générer des conflits ou des désaccords les rend incapables de jouer un rôle transitionnel. Ils ne peuvent pas remplacer les relations humaines, qui sont par nature complexes et parfois source de tensions. Leur utilisation prolongée risque donc d'entretenir des illusions de toute-puissance ou de fusion, tout en affaiblissant les compétences sociales et émotionnelles nécessaires à une vie épanouie.

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