La littérature en péril
Sans limites connues, les risques de l’omniprésence de l’IA remettent en question l’intégrité de la création littéraire..
En mars 2026, le roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien, un auteur haïtien installé au Québec depuis 2010, connaît un succès immédiat. Publié aux Éditions du Boréal, le livre est salué pour sa prose poétique et ses métaphores complexes, comparées à celles des grands écrivains. L’œuvre est rapidement adoptée par le lectorat québécois, puis par les éditeurs français de Grasset qui la publient en août 2026. Le roman se classe en tête des ventes et est sélectionné pour les plus prestigieux prix littéraires francophones, comme le Goncourt, le Médicis ou le Femina. En six mois, l’auteur devient une figure littéraire internationale, célébrée pour son style unique et son engagement envers les thèmes de l’exil et de la résilience.
Le 15 septembre 2026, une révélation éclate : un journaliste du Figaro accuse Thélyson Orélien d’avoir utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour rédiger son roman. L’accusation repose sur un logiciel de détection, Pangram, qui identifie un taux de 94 % de contenu généré par IA, avec un risque d’erreur inférieur à 1 %. Presque simultanément, des médias révèlent des preuves de plagiat dans l’œuvre. Huit textes, publiés entre 2013 et 2023 par des auteurs philippins, brésiliens, indiens, danois et colombiens, ainsi que des œuvres de Louis Pauwels, Jacques Bergier et Jacques Poulin, auraient été copiés sans autorisation. L’auteur nie les faits et évoque une cabale, mais les preuves s’accumulent dans la presse.
La polémique divise le public et les institutions littéraires. L’académicien Dany Laferrière, d’origine haïtienne, défend initialement l’œuvre dans Le Nouvelliste et Le Devoir, saluant son style, avant de revenir sur ses propos pour protéger le livre lui-même. Les organisations professionnelles, comme l’UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois), l’ANEL (Association nationale des éditeurs littéraires), l’UDA (Union des artistes) et la SARTEC (Société des auteurs de radio, télévision et cinéma), choisissent de ne pas commenter publiquement l’affaire. Pourtant, le plagiat est une violation du droit d’auteur, une fraude punie par la loi. La Loi sur le droit d’auteur du Québec stipule que toute appropriation non autorisée d’une œuvre protégée est illégale et peut entraîner des sanctions.
Le plagiat avéré, qu’il soit manuel ou assisté par IA, représente une menace pour l’intégrité de la création littéraire. Selon Robert Berrouët-Oriot, ancien responsable de la coopération interuniversitaire à la Banque de terminologie du Québec, le plagiat consiste en « l’appropriation illicite et fallacieuse du travail intellectuel d’autrui, mots, idées, analyses ou structures argumentatives ». Les organismes comme l’UNEQ, l’UDA ou la SARTEC insistent sur la nécessité de protéger la propriété intellectuelle et de lutter contre les technologies comme l’IA, qui facilitent l’usurpation d’œuvres originales. L’affaire Orélien illustre les risques d’une utilisation abusive de ces outils, qui remettent en cause la légitimité des créateurs et la confiance du public.
Au-delà du cas Orélien, l’article soulève une question plus large : l’impact de l’IA sur la littérature. Les algorithmes de l’IA, capables de générer des textes en imitant le style humain, posent un défi éthique et déontologique. Leur omniprésence dans la création littéraire menace l’intégrité des œuvres et la tradition de la transmission culturelle. Certains, comme Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, vont jusqu’à affirmer en octobre 2026 que « l’IA est présente dans à peu près tous les livres », une déclaration qui reflète une banalisation inquiétante de cette technologie. Face à cette situation, un choix s’impose : utiliser l’IA de manière responsable ou la rejeter pour préserver l’authenticité de la création littéraire.

