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Le logiciel espion « secret défense » de la DGSI était un fork d’un exploit disponible sur GitHub

Next.ink · mis à jour il y a 11 j

Ayant permis plus de 6 000 arrestations, la saisie de 900M d’euros et de 270 tonnes de drogues, le piratage du cryptophone Encrochat reposait sur un logiciel espion « secret défense » développé par la DGSI. Il avait en fait été bidouillé à partir d’un logiciel open source et d’un exploit téléchargés sur GitHub.

Démantèlement d'EncroChat

En juillet 2020, Europol et Eurojust annoncent le démantèlement d’EncroChat, un réseau téléphonique crypté utilisé par des réseaux criminels en Europe. Ce réseau comptait 60 000 clients, principalement fortunés, payant 1 000 € pour le terminal et 1 500 € d’abonnement tous les 6 mois. L’enquête, lancée en 2017 et menée par 60 enquêteurs de la cellule Emma 95, a permis 6 558 arrestations dans le monde, dont 197 cibles de haut niveau. Elle a aussi conduit à la saisie de 740 millions d’euros en cash, 154,1 millions d’euros d’actifs gelés, 164,4 tonnes de cannabis, 103,5 tonnes de cocaïne, et 3,3 tonnes d’héroïne. Les condamnés ont cumulé 7 134 années de prison. Les affaires traitées concernaient à 35 % le crime organisé, 33 % le trafic de drogue, 14 % le blanchiment, 12 % des projets de meurtres et 6 % le trafic d’armes.

Méthodes d'infiltration

La gendarmerie française a utilisé trois dispositifs techniques pour pirater EncroChat, dont deux couverts par le secret défense. Ces méthodes, autorisées par la loi LOPPSI de 2010, permettent de capter des données informatiques pour contourner le chiffrement et accéder aux informations sans que l’utilisateur ne s’en aperçoive. Le service technique national de captation judiciaire (STNCJ), créé en 2018 et rattaché à la DGSI, a développé un logiciel espion pour activer à distance des appareils électroniques. Ce logiciel a ensuite été utilisé dans le cadre de l’enquête.

Origine du logiciel espion

Selon une enquête de Computer Weekly, le logiciel espion utilisé par la DGSI était un fork (une version modifiée) d’un exploit disponible sur GitHub, une plateforme de partage de code informatique. Ce logiciel aurait été développé par le STNCJ, un service secret français. Une entreprise de cybersécurité tchèque a réussi, par rétro-ingénierie, à reconstituer 70 % de ce logiciel espion, révélant ainsi son fonctionnement et son origine.

Fonctionnement d'EncroChat

EncroChat était un cryptophone fonctionnant sous Android, modifié pour offrir une zone de stockage chiffrée avec son propre système d’exploitation. Les utilisateurs pouvaient activer ce mode sécurisé via une combinaison de touches spéciales, garantissant un déni plausible : ils pouvaient nier l’existence de données sensibles. Les échanges étaient identifiables uniquement par des pseudonymes choisis aléatoirement et effacés automatiquement après 14 jours. Le téléphone pouvait aussi être effacé à distance par le revendeur ou en cas de saisie répétée d’un mauvais mot de passe. Le coût de l’abonnement était de 1 000 $ pour 6 mois.

Ce que ça pourrait changer

EncroChat aurait été développé par Paul Kursky, un Canadien de 50 ans vivant en République dominicaine. Arrêté en 2022, il a été extradé en France en février 2024 et mis en examen pour 15 chefs d’accusation, risquant 30 ans de prison et plusieurs millions d’euros d’amendes. Selon *The Globe and Mail*, Kursky avait expliqué en 2014 avoir créé cette solution de sécurité à partir de projets *open source*, comme *Off-the-Record Messaging* (un protocole de messagerie chiffrée) et *Guardian ROM* (une version sécurisée d’Android développée par le *Guardian Project*, un collectif militant pour la vie privée).

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