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Additifs alimentaires dangereux dans nos assiettes : quand les industriels contournent les règles (du XIXᵉ siècle à nos jours)

The Conversation France · mis à jour il y a 3 j

L’ESSENTIEL L’emploi d’additifs alimentaires est mentionné dès l’Antiquité, mais les progrès de la chimie au XIXᵉ siècle ont permis de banaliser leur utilisation. Les dangers de ces additifs sont rapidement connus et des vagues de régulation se succèdent à partir de 1905 avec la loi sur l’alimentation.

Origines anciennes

L’utilisation d’additifs alimentaires remonte à l’Antiquité, mais c’est au XIXe siècle que leur emploi se généralise grâce aux progrès de la chimie. En 1800, environ 550 substances chimiques organiques étaient connues, un nombre qui explose à 150 000 au tournant du XXe siècle. Les additifs servent à améliorer la conservation, le goût ou l’apparence des aliments. Par exemple, l’acide benzoïque (E 210), un conservateur naturel présent dans certaines plantes comme l’amande amère, est découvert en 1837 par les chimistes allemands Wöhler et Liebig. D’autres substances comme le borax (E285) ou l’acide salicylique sont aussi utilisées dès cette époque, souvent sans contrôle strict. Ces pratiques, bien que nouvelles, révèlent déjà des risques sanitaires, notamment avec des colorants toxiques à base de plomb, d’arsenic ou de mercure, dérivés du goudron de houille.

Régulation précoce

Face aux dangers croissants des additifs, des régulations apparaissent dès le XIXe siècle. En France, la loi de 1905 sur l’alimentation marque un tournant en encadrant strictement leur usage. Dès 1911, les colorants alimentaires sont soumis à une double validation par les ministres de l’agriculture et de l’intérieur, sur avis du Conseil supérieur d’hygiène publique et de l’Académie de médecine. En 1912, leur utilisation est interdite sauf exceptions légales, avec des restrictions précises sur les emballages et les matériaux autorisés. Cependant, les industriels contournent ces règles par des stratégies variées : lobbying, minimisation des risques, ou financement d’études biaisées. Eugène Roux, directeur du service de répression des fraudes, incarne cette lutte contre les fraudes alimentaires, mais les industriels montrent une grande inventivité pour éviter les contrôles.

Accélération au XXe

Le XXe siècle voit une accélération de la régulation, portée par des scientifiques comme Louis Pasteur en France ou Harvey W. Wiley aux États-Unis, qui alertent sur les risques sanitaires. Après la Seconde Guerre mondiale, l’essor des organisations internationales comme l’OMS et la FAO permet de mieux évaluer les additifs. Dès les années 1950, le nombre d’additifs autorisés diminue progressivement, et la notion de dose journalière admissible est instaurée pour limiter l’exposition des consommateurs. Pourtant, dès 1958, un représentant de la Dow Chemical Company, géant de la chimie, intègre le comité d’experts FAO/OMS sur les additifs, influençant les décisions au profit des intérêts industriels. Cette période montre un équilibre fragile entre protection des consommateurs et pression des lobbies.

Ce que ça pourrait changer

Aujourd’hui, la mondialisation complexifie la régulation des additifs alimentaires. Plusieurs défis majeurs se posent : les interactions entre substances, encore mal comprises mais suspectées de favoriser des pathologies comme le diabète de type 2 ou des maladies cardiovasculaires, la consommation massive d’aliments ultratransformés, et les effets à long terme des perturbateurs endocriniens. Les plastiques, omniprésents dans notre environnement, aggravent aussi la contamination. Les législations varient fortement selon les pays, affaiblissant les dispositifs européens. Les travaux en santé environnementale soulignent l’urgence d’agir, rappelant que la régulation reste indispensable pour protéger les consommateurs et l’environnement, dans un contexte où les lobbies industriels pèsent lourdement sur les décisions.

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