En Australie, Meta paye des suprémacistes blancs et anti-vaccins pour publier sur Facebook
Depuis octobre 2024, Meta a mis en place un programme de monétisation de contenus sur Facebook. En Australie, l’entreprise y a invité des influenceurs connus pour leurs propos racistes et anti-vaccins.
Meta, la maison mère de Facebook, a lancé depuis plus d’un an un programme appelé monétisation de contenu en Australie. Ce dispositif permet aux créateurs (influenceurs, médias, organisations) de gagner de l’argent en publiant des contenus sur Facebook. Pour y accéder, il faut respecter des critères définis par Meta et être sélectionné par l’entreprise. Une fois intégré, le créateur peut monétiser ses publications grâce à des outils comme les publicités ou les abonnements payants. Cependant, ce programme repose sur un filtrage interne de Meta, qui n’est pas transparent pour le grand public. Les règles de monétisation interdisent notamment les contenus liés à des sujets sociaux controversés comme la race, le genre ou les origines ethniques, jugés trop sensibles pour être associés à des revenus publicitaires.
Hugo Lennon, un jeune Australien de 21 ans issu d’une famille aisée propriétaire d’un empire immobilier, est devenu une figure de l’extrême droite locale. Sous le pseudo auspill, il a progressivement basculé dans le suprémacisme blanc et l’anti-immigration. En septembre 2025, il a organisé une marche xénophobe devant le Parlement australien, accusant les migrants d’aggraver la crise du logement. Son évolution a été marquée par des participations à des discussions en ligne avec des néonazis, où des sujets comme le doxxing (publication d’informations personnelles pour nuire) ou des traductions de Mein Kampf (l’ouvrage d’Adolf Hitler) étaient évoqués. Malgré ces antécédents, Meta l’a intégré à son programme de monétisation en septembre 2025, lui permettant de générer des revenus grâce à ses publications.
Les règles de monétisation de Meta interdisent explicitement les contenus abordant des sujets sociaux controversés comme la race ou les origines nationales. Pourtant, la page Facebook de Hugo Lennon, qui diffuse des idées racistes, a été rémunérée par Meta pendant plus d’un an. En août 2026, cette situation a été révélée par le média australien ABC. Meta a répondu que ses outils de monétisation sont soumis à des sanctions en cas de violation des règles, comme la suspension des revenus ou l’exclusion définitive de la plateforme. Cependant, l’entreprise affirme ne pas avoir à juger ce qui est offensant, se contentant de sanctionner les contenus incitant à la violence dans la vie réelle. Les raisons pour lesquelles Hugo Lennon a été intégré malgré ses antécédents restent floues.
Meta n’est pas le seul à monétiser des contenus extrémistes en Australie. Le site The Noticer, un média d’extrême droite promouvant le suprémacisme blanc et le néonazisme, a été intégré au programme de monétisation en novembre 2025. Ce site avait été banni de la plateforme X (anciennement Twitter) pour incitation à la haine, mais a été réintégré en 2026. Meta a finalement démonétisé The Noticer en août 2026, sans fournir d’explications claires sur les publications incriminées. Une autre influenceuse, Monica Smit, anti-vaccins et anti-confinement, a également bénéficié de ce programme. Sa page diffuse de la désinformation sur les vaccins et promeut des produits comme des bracelets de protection contre les radiations, sans preuve scientifique. Meta n’a pas précisé si ces comptes avaient enfreint ses règles avant leur intégration.
La question de la responsabilité de Meta dans la diffusion de contenus extrémistes ou haineux se pose, car l’entreprise entretient une relation commerciale directe avec les créateurs monétisés. Victoire Rio, responsable de l’association What to Fix!, souligne que Meta verse des redevances à ces influenceurs et conclut des accords de monétisation avec eux. Pourtant, Meta se défend en affirmant que ses règles sont claires et que les sanctions sont appliquées en cas de violation. L’entreprise ajoute qu’elle ne peut pas définir ce qui est offensant, laissant aux créateurs une grande liberté tant que leurs propos ne mènent pas à des actes de violence. Cette position a été critiquée, car elle permet à des discours haineux de prospérer tout en générant des revenus pour Meta et ses partenaires.
Meta propose une certaine transparence en permettant aux utilisateurs disposant d’un *portefeuille business dans Meta Business Suite* de consulter la liste des *éditeurs partenaires* monétisés. Cependant, cette liste n’est pas accessible au grand public, ce qui limite la possibilité de vérifier quels comptes bénéficient du programme. L’association *What to Fix!* a créé une base de données pour contourner cette opacité en compilant les informations disponibles. Cette situation illustre un manque de contrôle public sur les acteurs monétisés par Meta, malgré les risques que représentent certains contenus. Les règles de Meta, bien que strictes sur le papier, semblent appliquées de manière inégale, laissant une marge d’interprétation importante.

