Où sont passées nos promesses d’émancipation ?
Dans "Le temps des promesses", l’historien Christian Ingrao explore le devenir des grandes promesses d'émancipation du XXᵉ siècle et leur effacement à partir des années 70. Que sont devenues nos promesses d'émancipation ? Par quoi ont-elles été remplacées ? On en parle avec notre invité..
L’article interroge le devenir des promesses d’émancipation qui ont marqué le XXe siècle, c’est-à-dire ces idéaux collectifs visant à libérer les individus des contraintes sociales, économiques ou politiques. Selon l’historien Christian Ingrao, ces promesses ont structuré l’espoir des générations pendant des décennies, en promettant un avenir meilleur pour tous. Elles s’incarnaient dans des mouvements comme le progrès social, l’égalité des droits ou l’accès à l’éducation. Cependant, à partir des années 1970, ces idéaux semblent s’être érodés, laissant place à un sentiment de désillusion. Les jeunes générations expriment désormais des inquiétudes croissantes sur leur avenir, comme en témoignent les récentes mobilisations lycéennes en France, où des slogans comme « Je suis inquiet pour mon avenir » ou « Je n’aurai pas ma chance » reflètent cette perte de confiance.
L’article souligne une crise de l’espérance chez les jeunes, un phénomène qui dépasse le cadre scolaire. Cette crise se manifeste par une perte de confiance dans l’avenir, perçu comme incertain et peu porteur. Les lycéens mobilisés en 2026, par exemple, expriment des craintes liées à la réussite scolaire, à l’emploi ou à la stabilité sociale, des enjeux qui illustrent cette rupture avec l’optimisme des générations précédentes. Cette situation est analysée par Christian Ingrao dans son livre « Le temps des promesses, 1905-1990 : essai sur les migrations de l’espérance », où il explore comment l’idée de progrès, autrefois centrale, a progressivement cédé la place à des doutes. L’historien y décrit un XXe siècle où l’émancipation était associée à des projets collectifs, comme les luttes syndicales ou les avancées sociales, avant de laisser place à une individualisation des aspirations.
Christian Ingrao, invité de l’émission « Questions du soir : l’idée » sur France Culture, joue un rôle central dans cette réflexion. Directeur de recherche au CNRS, il étudie l’évolution des promesses d’émancipation à travers l’histoire. Son travail met en lumière le déclin de ces idéaux collectifs à partir des années 1970, une période marquée par des transformations économiques et sociales majeures. Pour lui, cette transition s’explique par des facteurs comme la mondialisation, la précarisation de l’emploi ou encore la montée des inégalités. Son livre, publié aux éditions de la Découverte, propose une analyse des « migrations de l’espérance », c’est-à-dire des déplacements des attentes et des espoirs des sociétés modernes. Il souligne que ces promesses, autrefois portées par des mouvements sociaux ou politiques, sont aujourd’hui remplacées par des aspirations plus individuelles et moins collectives.
Les récentes mobilisations lycéennes en France, évoquées dans l’article, illustrent cette crise de l’espérance. En 2026, des lycéens manifestent pour dénoncer des conditions matérielles difficiles, mais aussi pour exprimer leur désarroi face à un avenir perçu comme incertain. Ces mouvements, comme le blocus du lycée Condorcet à Lens ou les rassemblements à Saint-Denis, montrent une jeunesse en quête de reconnaissance et de perspectives. Les pancartes et slogans reflètent une génération qui ne croit plus en un progrès automatique, contrairement à leurs aînés du XXe siècle. Ces mobilisations s’inscrivent dans un contexte plus large de méfiance envers les institutions et de remise en question des modèles traditionnels de réussite.
L’article explique que les promesses d’émancipation du XXe siècle, autrefois collectives et portées par des idéologies comme le communisme, le socialisme ou le syndicalisme, ont été remplacées par des espoirs plus individualisés. Cette transformation s’est accélérée à partir des années 1970, avec l’émergence de nouvelles priorités comme la consommation, la flexibilité professionnelle ou l’accès à la propriété. Christian Ingrao souligne que cette période marque un tournant où l’idée de progrès collectif a cédé la place à des aspirations plus personnelles, souvent centrées sur la réussite individuelle. Cette évolution s’accompagne d’une perte de confiance dans les grands récits politiques ou sociaux, qui structuraient autrefois l’espoir des générations.

