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Environnement

« Ça ne sent pas bon et il n'y a pas de jus » : les pommes à cidre éprouvées par l'été caniculaire

Reporterre · mis à jour il y a 1 j

La récolte nationale de pommes à cidre s'annonce particulièrement « dramatique » en 2026, a alerté Jean-Louis Benassi le directeur de l'Union nationale interprofessionnelle cidricole. Si le gouvernement prévoit une aide, la question de l'adaptation à long terme reste en suspens.

Canicule et rendements en baisse

L’été 2022, marqué par des températures exceptionnelles en France, a fortement affecté la production de pommes à cidre. Les fortes chaleurs et le manque d’eau ont réduit les rendements des vergers normands, qui fournissent traditionnellement l’essentiel des pommes destinées à la fabrication du cidre. Selon les estimations des producteurs, la récolte a chuté de 30 à 50 % par rapport à une année normale, selon les variétés et les zones géographiques. Cette baisse s’explique par un phénomène appelé stress hydrique : les arbres, privés d’eau en quantité suffisante, produisent des fruits de plus petite taille et en moindre quantité. Les pommes, souvent ratatinées ou desséchées, perdent aussi en qualité gustative, ce qui impacte directement leur utilisation pour le jus ou le cidre.

Qualité des fruits altérée

Outre la quantité, la qualité des pommes à cidre a été profondément dégradée par les conditions climatiques extrêmes. Les producteurs et cidriers observent que les fruits récoltés présentent des défauts majeurs : manque de jus, absence d’arômes, et parfois une odeur désagréable. Ce phénomène s’explique par un déséquilibre dans la maturation des pommes, accélérée par les températures élevées. Les sucres, normalement concentrés dans le fruit, se transforment en alcool sous l’effet de la chaleur, ce qui altère le goût et la texture. Les variétés traditionnelles, comme la Reinette grise du Canada ou le Binet rouge, sont particulièrement touchées, car elles sont moins adaptées aux canicules prolongées que les variétés modernes.

Impact économique pour les producteurs

La baisse de rendement et la dégradation de la qualité des pommes ont des conséquences économiques majeures pour les producteurs normands. Les revenus des vergers, déjà fragilisés par la hausse des coûts de production (engrais, énergie, main-d’œuvre), s’effondrent. Certains cidriers, qui achètent les pommes aux producteurs pour les transformer, refusent désormais des lots entiers en raison de leur mauvaise qualité. Les prix d’achat des pommes ont chuté de 20 à 30 %, passant parfois sous le seuil de rentabilité pour les petits producteurs. Cette situation aggrave la précarité d’un secteur déjà en difficulté, où 80 % des exploitations ont moins de 10 hectares et dépendent fortement des aides publiques.

Adaptation des méthodes de culture

Face à ces défis, certains producteurs expérimentent des techniques pour limiter l’impact des canicules sur leurs vergers. L’irrigation localisée, comme le goutte-à-goutte, permet d’économiser l’eau tout en maintenant un apport hydrique suffisant pour les arbres. D’autres optent pour des variétés plus résistantes à la sécheresse, comme la Chantecler ou la Judeline, bien que ces pommes soient moins adaptées à la fabrication du cidre traditionnel. Des associations de producteurs, comme la Fédération nationale des producteurs de cidre, plaident pour une meilleure prise en compte des aléas climatiques dans les politiques agricoles, notamment via des aides spécifiques pour la modernisation des vergers.

Ce que ça pourrait changer

La pénurie de pommes à cidre de qualité a des répercussions sur l’ensemble de la filière cidricole française. Les cidreries, qui transforment les pommes en jus ou en cidre, doivent importer des fruits étrangers pour compenser les pertes, ce qui augmente leurs coûts et réduit leur marge. Les prix de vente du cidre et du jus de pomme risquent de subir une hausse, alors que la demande des consommateurs reste stable. Certains producteurs craignent une baisse de la consommation, les clients étant sensibles à la qualité et au goût des produits. La filière, déjà fragilisée par la concurrence des boissons industrielles, voit ainsi son avenir menacé par les aléas climatiques.

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