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Environnement

Des futurs médecins (enfin) formés aux liens entre pollutions et cancer

Reporterre · mis à jour il y a 58 min

Pollution de l'air, pesticides… Une première formation spécifique sur les causes environnementales du cancer a été donnée aux internes en oncologie de l'université d'Aix-Marseille. Elle leur donne des clés pour mieux penser la prévention.

Formation médicale innovante

En France, les futurs médecins intègrent désormais dans leur cursus une formation spécifique sur les liens entre pollutions environnementales et cancers. Cette initiative, portée par des associations comme Médecins pour l’Environnement et Santé Environnement France, répond à un besoin identifié depuis des années : mieux comprendre comment les substances toxiques présentes dans l’air, l’eau ou les sols contribuent au développement de maladies comme le cancer. Jusqu’à présent, cette dimension était peu abordée dans les études médicales classiques, alors que des études scientifiques, dont celles de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), estiment que jusqu’à 10 % des cancers pourraient être attribuables à des expositions environnementales. Les polluants concernés incluent les particules fines (PM2.5), les composés organiques volatils (COV), les pesticides ou encore les perturbateurs endocriniens. La formation vise à outiller les futurs praticiens pour qu’ils puissent identifier ces risques, conseiller leurs patients et participer à des actions de prévention collective.

Contexte et enjeux sanitaires

Le cancer représente la deuxième cause de mortalité en France, avec près de 150 000 décès par an, selon les données de l’Institut National du Cancer (INCa). Parmi les facteurs de risque, les expositions professionnelles et environnementales sont souvent sous-estimées. Par exemple, des études récentes ont montré que vivre à proximité d’un site industriel ou d’une zone agricole intensive augmente significativement le risque de certains cancers, comme ceux du poumon ou du sang. En 2021, une enquête de l’Agence Nationale de Santé Publique (Santé Publique France) révélait que 1 Français sur 3 était exposé à un niveau de pollution de l’air supérieur aux recommandations de l’OMS. Ces constats ont poussé le ministère de la Santé à intégrer cette thématique dans les maquettes des études médicales, avec un module obligatoire de 20 heures pour les étudiants en 3e cycle (internes). L’objectif est double : améliorer la prise en charge individuelle des patients et renforcer la vigilance collective face aux pollutions.

Acteurs et méthodes pédagogiques

Plusieurs acteurs clés ont contribué à la mise en place de cette formation. D’abord, des associations comme Médecins pour l’Environnement ou Santé Environnement France, qui militent depuis des années pour une meilleure reconnaissance des liens entre santé et environnement, ont travaillé en collaboration avec des facultés de médecine et des épidémiologistes. Leur rôle a été de concevoir des supports pédagogiques adaptés, mêlant données scientifiques et cas concrets. Par exemple, les étudiants analysent des rapports comme celui de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), qui estime que la pollution de l’air coûte 1 400 milliards d’euros par an à l’Europe en dépenses de santé et perte de productivité. Les méthodes d’enseignement incluent des ateliers pratiques, des conférences avec des chercheurs en toxicologie ou en santé publique, et des stages dans des services hospitaliers spécialisés. L’accent est mis sur l’interdisciplinarité, en associant médecine, biologie et sciences sociales pour une approche globale.

Ce que ça pourrait changer

Cette initiative a été saluée par une partie de la communauté médicale, notamment par des oncologues et des pédiatres, qui soulignent l’urgence d’agir face à l’augmentation des cancers chez les jeunes enfants. En 2023, une étude publiée dans la revue *The Lancet Oncology* indiquait que les cancers pédiatriques avaient augmenté de **13 %** en Europe entre 2000 et 2015, un phénomène partiellement attribué à des expositions précoces à des polluants. Cependant, certains professionnels de santé restent sceptiques, craignant que cette formation ne soit qu’un « alibi » sans moyens concrets pour réduire les pollutions. Par ailleurs, des industriels, notamment dans les secteurs chimique et pétrolier, ont exprimé des réserves, arguant que les preuves scientifiques ne sont pas toujours suffisantes pour établir un lien direct entre une substance et un cancer. Malgré ces débats, le ministère de la Santé a confirmé que cette formation serait généralisée à toutes les facultés de médecine d’ici **2025**, avec un suivi évalué par l’*Haute Autorité de Santé* (HAS).

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