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Le regard sur le monde influencé par la carte du monde

Québec Science · mis à jour il y a 2 j

Une résolution de l’Organisation des Nations unies (ONU) a endossé cette semaine à la quasi-unanimité une recommandation de changer la façon dont les cartes géographiques du monde sont faites depuis 450 ans..

Nouvelle recommandation ONU

L’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté le 4 septembre une résolution encourageant les pays à modifier la façon dont les cartes géographiques du monde sont représentées. Cette recommandation, soutenue par 164 pays et seulement 6 abstentions, vise à remplacer la projection de Mercator, utilisée depuis 450 ans, par des alternatives comme la projection Equal Earth. L’ONU n’a cependant aucun pouvoir contraignant sur les manuels scolaires ou les ministères de l’Éducation, ce qui signifie que cette résolution reste une suggestion sans obligation légale. Le seul pays ayant voté contre cette proposition est les États-Unis.

Projection de Mercator

La projection de Mercator, créée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator, était initialement conçue pour aider les navigateurs européens à tracer des routes en ligne droite sur une carte. Cette méthode simplifie la navigation en représentant les méridiens (lignes imaginaires reliant les pôles Nord et Sud) comme des droites parallèles. Cependant, cette projection déforme les tailles réelles des continents, notamment en agrandissant considérablement les régions proches des pôles. Par exemple, le Groenland apparaît aussi grand que l’Afrique, alors qu’il est en réalité 14 fois plus petit. Cette distorsion avantage visuellement les pays du Nord, ce qui a suscité des critiques sur son impact culturel et politique.

Biais géopolitique

La projection de Mercator est souvent critiquée pour son biais en faveur des pays du Nord, car elle donne l’impression que l’hémisphère nord est plus vaste que l’hémisphère sud. Cette représentation a pu renforcer une vision du monde où les pays riches et industrialisés apparaissent plus importants ou centraux. La résolution de l’ONU a été proposée par le Togo, avec le soutien de l’Union africaine, soulignant que cette distorsion pourrait influencer la perception de l’importance des régions. Le géographe Derek Alderman, de l’Université du Tennessee, a expliqué dans la revue Nature que les cartes ne se contentent pas de localiser des lieux : elles façonnent aussi notre vision sociale et politique du monde.

Projection Equal Earth

La projection Equal Earth, développée en 2018, est une alternative à celle de Mercator qui cherche à représenter les continents avec des tailles plus réalistes. Contrairement à Mercator, elle « courbe » les méridiens pour réduire les distorsions de surface, notamment entre les régions équatoriales et polaires. Cependant, aucune projection en deux dimensions ne peut représenter parfaitement la surface sphérique de la Terre sans déformer certains aspects. Par exemple, Equal Earth peut légèrement déformer les angles ou les formes de petites masses continentales comme la Nouvelle-Zélande. Malgré cette limite, elle est considérée comme une avancée pour une représentation plus équitable des tailles relatives des pays.

Ce que ça pourrait changer

La projection de Mercator a été adoptée par des plateformes numériques comme Google Maps ou MapQuest, ce qui a amplifié son influence à l’échelle mondiale. Ces outils, utilisés quotidiennement par des millions de personnes, renforcent la perception biaisée des tailles continentales. Une étude de 2009 a montré que les utilisateurs de cartes ne corrigent pas mentalement ces distorsions, même lorsqu’ils en ont connaissance. Cela signifie que la représentation visuelle des continents continue d’influencer notre compréhension du monde, malgré les avancées en cartographie. La résolution de l’ONU vise donc à sensibiliser à l’importance de choisir des projections plus équilibrées dans l’éducation et les outils numériques.

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