Moins de poussière dans l’atmosphère terrestre depuis 2003
La cause de ce déclin n’est pas établie, mais il pourrait contribuer modestement au réchauffement climatique..
Entre 2003 et 2023, la quantité de poussière désertique en suspension dans l’atmosphère terrestre a diminué d’environ 10 %, selon une étude menée par des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et publiée dans la revue Science Advances. Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont combiné des observations par satellite, des mesures au sol et des données de modèles atmosphériques. Jasper Koks, chercheur à l’UCLA, a déclaré dans un communiqué que cette étude apporte la preuve la plus solide à ce jour de cette diminution. La poussière désertique provient principalement de régions arides comme le Sahara en Afrique ou le Gobi en Asie, où les vents arrachent des particules minérales et les transportent dans l’atmosphère.
La poussière désertique joue un rôle écologique important en servant d’engrais naturel pour plusieurs écosystèmes. Par exemple, les vents transportent des particules de poussière du Sahara vers l’océan Atlantique, où elles fournissent du fer essentiel au phytoplancton, des micro-organismes marins qui produisent une grande partie de l’oxygène que nous respirons. Ces mêmes particules peuvent aussi atteindre la forêt amazonienne en Amérique du Sud, où elles apportent du phosphore, un nutriment clé pour la croissance des arbres. De plus, la poussière désertique combinée à des courants venteux peut contribuer à limiter la formation des ouragans dans l’Atlantique, selon Patrick Grenier, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Les poussières désertiques ont généralement un effet refroidissant sur le climat, car elles réfléchissent une partie du rayonnement solaire vers l’espace, limitant ainsi le réchauffement de la Terre. La diminution de 10 % de cette poussière depuis 2003 a donc réduit cet effet refroidissant, ce qui a probablement contribué, de manière modeste, au réchauffement climatique d’origine humaine. Jasper Koks souligne que cet impact reste limité, mais qu’il s’ajoute à d’autres facteurs de réchauffement. Patrick Grenier précise que l’effet de cette diminution sur le réchauffement est environ 150 fois inférieur à celui causé par l’accumulation de dioxyde de carbone (CO₂) d’origine industrielle depuis l’ère préindustrielle.
Patrick Grenier met en garde contre une interprétation trop rapide des résultats, car la tendance observée ne couvre qu’une période de 20 ans, ce qui est relativement court pour établir une tendance climatique robuste. En climatologie, une période de 30 ans est généralement requise pour valider une tendance. De plus, l’incertitude statistique autour de ces résultats est élevée et se situe dans la marge d’erreur. Grenier souligne que les mécanismes expliquant cette diminution de la poussière atmosphérique restent mal compris et que d’autres facteurs, comme les changements dans les vents de surface ou les précipitations, pourraient être en cause.
La diminution actuelle de la poussière atmosphérique marque un changement par rapport à la majeure partie du 20e siècle, où la quantité de poussière avait augmenté pour atteindre un pic dans les années 1980. Les chercheurs de l’UCLA cherchent désormais à comprendre les causes de cette évolution. Plusieurs hypothèses sont avancées, comme une modification des vents de surface ou une augmentation des précipitations, qui pourraient lessiver et redistribuer les particules de poussière. Patrick Grenier souligne que cette étude met en lumière le rôle encore mal compris de la poussière désertique dans le système climatique mondial.
Malgré les limites des conclusions, Patrick Grenier reconnaît la valeur du travail réalisé par les chercheurs de l’UCLA. L’étude a permis de collecter et d’analyser une quantité importante de données, ce qui est essentiel pour mieux comprendre le rôle des aérosols dans le climat. Les aérosols désignent de très petites particules solides ou liquides en suspension dans l’air, qui peuvent être d’origine naturelle (éruptions volcaniques, embruns océaniques, feux de forêt) ou humaine (transports, industries, combustion de carburants fossiles). Chaque type d’aérosol interagit différemment avec le climat, et leur étude est cruciale pour affiner les modèles climatiques.

