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Généraliste

Philippe Couillard craint que l’aide médicale à mourir aille trop loin

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 5 j

L'ex-premier ministre du Québec est pourtant à l'origine de la première loi en la matière au Canada..

Ancien PM inquiet

Philippe Couillard, ancien premier ministre du Québec et neurochirurgien de formation, exprime des réserves sur l’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir (AMM) au Canada. Bien que son gouvernement libéral ait été le premier au Québec à légaliser cette pratique en 2014, il déclare dans l’émission The House de CBC qu’il ne voterait probablement plus pour une telle loi aujourd’hui. Il souligne que les critères initiaux, réservés aux maladies en phase terminale ou préterminale avec une issue fatale inévitable, ont été progressivement assouplis. Couillard évoque une mise en garde reçue à l’époque : une fois la porte ouverte, elle ne se refermerait pas et s’ouvrirait davantage, une prédiction qu’il estime aujourd’hui vérifiée.

Demandes anticipées

En 2024, le Québec a franchi une étape supplémentaire en autorisant les demandes anticipées d’AMM. Cette mesure permet à des personnes atteintes de maladies dégénératives comme Alzheimer de soumettre une demande avant que leur état ne les rende incapables de donner leur consentement. Couillard, qui avait soutenu la loi initiale, exprime des doutes sur cette évolution, craignant que le Québec n’ait agi trop rapidement. Il rappelle les avertissements reçus lors de l’adoption de la loi en 2014, où des opposants avaient prédit une ouverture progressive des critères. Aujourd’hui, il se demande si ces craintes ne se sont pas réalisées.

Québec leader mondial

Le Québec se distingue comme la région au monde où l’AMM est la plus utilisée. En 2024-2025, cette pratique a représenté 7,9 % des décès dans la province, selon la Commission sur les soins de fin de vie. Ces chiffres dépassent largement ceux d’autres pays ayant légalisé l’AMM, comme les Pays-Bas (5,8 %), la Belgique (3,8 %) ou la Suisse (2,5 %). Couillard, bien qu’ayant initialement soutenu la loi, s’interroge sur cette tendance et les raisons derrière ces différences. Il évoque des pistes de recherche explorées par des experts, comme les caractéristiques de la population, l’accessibilité des services ou l’acceptation sociale du sujet.

Collaboration politique

L’adoption de la loi sur l’AMM au Québec en 2014 a bénéficié d’un soutien transpartisan. Initialement portée par le Parti québécois, la loi a ensuite reçu l’appui des libéraux de Philippe Couillard, alors au pouvoir. Couillard considère cette adoption comme l’un des meilleurs moments de la démocratie québécoise pendant son mandat. Il souligne que le dossier a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs partis politiques, reflétant un consensus rare sur un sujet aussi complexe et sensible. Cette unité politique contraste avec les débats plus houleux observés dans d’autres provinces ou pays.

Souffrance des patients

Philippe Couillard justifie son engagement en faveur de l’AMM par des souvenirs personnels de patients qu’il a accompagnés en tant que neurochirurgien. Il évoque des cas de souffrances extrêmes, où les traitements disponibles ne permettaient plus d’améliorer leur qualité de vie. Pour lui, la légalisation de l’AMM était une réponse à des situations médicales sans issue, où la mort pouvait représenter une libération. Ces expériences médicales ont directement influencé sa décision politique, bien qu’il reconnaisse aujourd’hui les dérives possibles liées à l’élargissement des critères.

Débat fédéral en suspens

Le gouvernement fédéral canadien, après avoir adopté sa propre loi sur l’AMM en 2019, a récemment annoncé qu’il renonçait à étendre cette pratique aux personnes souffrant uniquement de maladie mentale. Le ministre de la Justice, Sean Fraser, a précisé que la nouvelle loi en préparation permettra cependant aux citoyens de donner un consentement préalable, à condition que leur province l’autorise. Cette décision intervient après des années de débats houleux parmi les experts et les politiciens, certains défendant l’inclusion des troubles mentaux comme motif valable pour une demande d’AMM, d’autres s’y opposant fermement.

Ce que ça pourrait changer

Isabelle Marcoux, professeure et codirectrice du consortium de recherche sur l’AMM, souligne que les désaccords persistants sur l’inclusion des troubles mentaux dans les critères d’accès à l’AMM pourraient finalement être tranchés par les tribunaux. Elle explique que son consortium travaille actuellement à identifier les facteurs expliquant pourquoi le Québec est le champion mondial de l’AMM. Parmi les pistes étudiées figurent les caractéristiques démographiques de la population, la facilité d’accès aux services, l’acceptabilité sociale du sujet ou encore la manière dont les médias en parlent. Ces recherches visent à comprendre les mécanismes derrière ces taux élevés, sans pour autant prendre position sur la question.

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