Philippe Couillard craint que l’aide médicale à mourir aille trop loin
L’élargissement progressif de l’aide médicale à mourir (AMM) au Canada, et particulièrement au Québec, soulève des questions éthiques et pratiques majeures. Alors que cette pratique était initialement conçue pour les maladies en phase terminale, son extension récente à des demandes anticipées ou à des contextes non mortels interroge sur ses limites et ses dérives potentielles. L’ancien premier ministre Philippe Couillard, artisan de la loi québécoise, exprime aujourd’hui des regrets, révélant une tension entre l’intention initiale et la réalité d’un système qui semble s’autonomiser.
Pourquoi Philippe Couillard, qui a porté la loi sur l’AMM au Québec en 2014, exprime-t-il aujourd’hui des réserves sur son élargissement ?
Couillard justifie son changement de position par l’extension continue des critères d’accès à l’AMM, bien au-delà des maladies terminales initialement prévues. Il cite notamment l’autorisation des demandes anticipées pour des maladies comme Alzheimer, ainsi que l’augmentation spectaculaire du taux de recours à cette pratique au Québec (7,9 % des décès en 2024-2025), bien supérieur à celui d’autres pays. Pour lui, cette évolution révèle une dynamique difficile à contrôler une fois la porte ouverte.
Quels sont les critères qui distinguent le Québec des autres régions en matière d’AMM, selon l’article ?
Le Québec se distingue par un taux d’AMM parmi les plus élevés au monde, avec 7,9 % des décès en 2024-2025, contre 5,8 % aux Pays-Bas, 3,8 % en Belgique et 2,5 % en Suisse. Les experts évoquent plusieurs pistes pour expliquer cette singularité : la facilité d’accès au service, l’acceptabilité sociale de la pratique, ou encore la couverture médiatique du sujet. Une étude est en cours pour identifier les facteurs précis de cette surreprésentation.
Pourquoi le gouvernement fédéral canadien a-t-il finalement renoncé à étendre l’AMM aux troubles mentaux en 2024 ?
Le gouvernement fédéral a décidé de ne pas inclure les troubles mentaux comme critère unique d’accès à l’AMM après une période de réflexion, malgré des débats intenses parmi les experts. Le ministre de la Justice a cependant laissé la porte ouverte à des consentements préalables dans les provinces qui le permettraient. Cette décision reflète les dissensions persistantes sur la légitimité éthique et médicale de cette extension, ainsi que la complexité à définir des critères objectifs pour de telles demandes.
Ce que ça pourrait changer
L’élargissement de l’AMM interroge sur l’équilibre entre autonomie individuelle et protection des plus vulnérables, notamment dans un contexte où les critères d’accès pourraient encore évoluer. La tension entre une pratique initialement encadrée et son expansion incontrôlée risque de polariser davantage le débat public, tandis que les tribunaux pourraient être amenés à trancher des questions éthiques complexes. La comparaison internationale suggère que les choix sociétaux et culturels jouent un rôle clé dans l’adoption de telles mesures.

