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Philosophie

Peut-on encore croire au paysage ?

AOC Media · mis à jour 1 oct.

L’été qui vient de s’achever a donné le spectacle de la dégradation et de la destruction des paysages partout en Europe. Dans la chaleur caniculaire, la sécheresse des sols, l’assèchement des rivières et la multiplication des incendies ont surtout révélé en quoi les paysages ne pouvaient être considérés simplement comme d’aimables décors, mais comme des milieux de la vie humaine, dont la signification est existentielle.

Été 2026 : paysages en crise

L’été 2026 en Europe a révélé une dégradation sans précédent des paysages, marquée par des incendies étendus et incontrôlables, une sécheresse généralisée des sols et des cours d’eau, ainsi que des vagues de chaleur prolongées. Ces phénomènes ont touché l’ensemble du continent, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, laissant derrière eux des paysages méconnaissables. Les rivières majeures comme le Rhin, le Pô ou le Danube ont vu leurs niveaux d’eau chuter drastiquement, tandis que les sols, autrefois fertiles, se sont transformés en étendues jaunâtres et desséchées. Les villes, devenues des fournaises urbaines, ont vu leurs habitants fuir les espaces publics dépourvus d’ombre, cherchant désespérément des îlots de fraîcheur. Ces bouleversements ont eu des répercussions économiques, sociales, sanitaires et psychologiques majeures sur les populations concernées.

Paysages : bien plus que des décors

L’article souligne que les paysages ne doivent pas être réduits à de simples décors esthétiques ou pittoresques, mais doivent être compris comme des milieux de vie essentiels à l’existence humaine. Ils façonnent notre rapport au monde, influencent notre bien-être et structurent nos identités collectives et individuelles. Leur dégradation brutale, comme celle observée en 2026, ne se limite pas à une perte visuelle ou symbolique : elle remet en cause les fondements mêmes de nos modes de vie. Cette vision s’inscrit dans une approche géographique et philosophique, où le paysage est perçu comme un milieu existentiel, c’est-à-dire un espace à la fois physique, culturel et émotionnel qui participe à notre humanité.

Crise écologique et responsabilités

Plusieurs facteurs expliquent cette crise des paysages, notamment le réchauffement climatique, jugé désormais irréversible, ainsi que des pratiques extractivistes et productivistes qui ont dominé les sociétés modernes. L’extractivisme désigne un modèle économique fondé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles (eau, sol, forêts, etc.) sans prise en compte de leur renouvellement, tandis que le productivisme privilégie la maximisation de la production au détriment de la durabilité. Les acteurs publics et privés sont pointés du doigt pour leur impréparation, leur impuissance ou leur négligence face à ces enjeux. L’article évoque également des concepts comme la solastalgie, un néologisme créé par le philosophe Glenn Albrecht pour décrire le sentiment de détresse et de désolation ressenti face à la dégradation de son environnement proche, ou encore le domicide, terme utilisé par Mona Chollet pour désigner la destruction des lieux de vie.

Conséquences humaines et sociales

Les conséquences de cette crise des paysages sont multiples et profondes. Sur le plan économique, les pertes sont colossales, notamment pour les secteurs agricoles, touristiques et industriels dépendants des ressources naturelles. Socialement, les populations touchées subissent un traumatisme collectif, marqué par un sentiment de perte irréparable. Les effets sanitaires incluent une augmentation des problèmes respiratoires, des coups de chaleur et des troubles psychologiques liés à l’anxiété et à la dépression. Psychiquement, la destruction des paysages ordinaires, ceux du quotidien, génère une forme de désolation existentielle, où les repères spatiaux et symboliques s’effritent. L’article évoque aussi la crainte des inondations d’automne, conséquence des sols secs et imperméabilisés, qui pourraient aggraver encore la situation.

Réflexion sur les formes de vie

L’auteur, Jean-Marc Besse, géographe et directeur de recherche émérite au CNRS, interroge la responsabilité des formes de vie contemporaines dans cette crise. Les formes de vie désignent ici les manières dont les sociétés organisent leur existence, leurs rapports aux autres et à leur environnement. L’article s’appuie sur des travaux comme ceux de Marielle Macé, qui analyse comment nos modes de vie sédimentent des pratiques et des valeurs destructrices. Il souligne l’urgence de repenser ces formes de vie pour éviter l’effondrement des paysages et, par extension, des sociétés. Cette réflexion s’inscrit dans un courant de pensée qui lie écologie et philosophie, où la question du paysage devient un prisme pour interroger notre rapport au monde.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette situation, l’article appelle à une *pensée du paysage* qui dépasse les approches purement esthétiques ou techniques pour embrasser une dimension existentielle et politique. Il s’agit de reconnaître les paysages comme des *milieux critiques*, c’est-à-dire des espaces où se jouent des enjeux vitaux pour l’humanité. Cette approche rejoint des concepts comme celui de *zone critique*, développé par des scientifiques comme Jérôme Gaillardet, qui désigne la fine couche de la Terre où se croisent les processus géologiques, biologiques et humains. L’objectif est de promouvoir des pratiques plus respectueuses des paysages, en intégrant leur dimension historique, culturelle et écologique. L’article suggère que cette réflexion pourrait s’inspirer de modèles comme la *vision biorégionale*, qui prône une adaptation des modes de vie aux spécificités locales des territoires.

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