Côté théâtre, côté jardin – sur Soudain de Ryusuke Hamaguchi
Salué à Cannes par un double prix d'interprétation, le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi tient sur 3h15 le pari paradoxal d'un film au long cours qui fait l'éloge de l'instantané. Dans le jardin clos d'un EHPAD, la rencontre entre une directrice d'établissement et une metteuse en scène japonaise en fin de vie fait dialoguer le théâtre et le soin – et loge, sous une carapace délicate, tout un imaginaire libertaire des années 1970.
Le film Soudain de Ryusuke Hamaguchi a été récompensé à Cannes par un double prix d’interprétation, attribué à Virginie Efira et Tao Okamoto. Ce long-métrage de 3h15 minutes, sorti en salles le 12 août 2026, est présenté comme un mélodrame radieux qui célèbre l’instant présent. Il met en scène une rencontre entre deux femmes dans un EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) situé près de Paris. Le film explore les thèmes du théâtre, du soin et de la fin de vie, tout en mêlant des éléments culturels français et japonais. Il a suscité une forte émotion lors des avant-premières organisées après le festival de Cannes.
Le film suit deux femmes d’une quarantaine d’années : Marie-Lou, une directrice d’EHPAD française, et Mari, une metteuse en scène japonaise en phase terminale d’un cancer. Leur relation, décrite comme un coup de foudre amical, devient le cœur du récit. Mari, consciente de sa mort prochaine, influence la méthode de travail de Marie-Lou, qui s’appuie sur un protocole appelé « humanitude ». Ce dernier est une approche thérapeutique destinée aux personnes en fin de vie, visant à préserver leur dignité et leur bien-être. Le jardin de l’EHPAD, clos et réservé aux pensionnaires, sert à la fois de lieu de soins et de scène de théâtre, symbolisant cette porosité entre les deux mondes.
Le film juxtapose deux univers : le théâtre, représenté par Mari, et le soin, incarné par Marie-Lou. Le théâtre, ici, n’est pas seulement un art, mais aussi un outil de libération et d’expression, notamment dans le contexte des années 1970, évoqué comme un imaginaire libertaire. Le protocole « humanitude », développé en France, repose sur des techniques de communication et de toucher pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées ou en fin de vie. Le jardin de l’EHPAD devient ainsi une scène ouverte où ces deux approches se rencontrent, créant une petite utopie temporaire avant la mort. Le film interroge la manière dont ces deux mondes peuvent s’enrichir mutuellement.
Le jardin de l’EHPAD, bien qu’il ne soit ni un jardin japonais ni un espace ouvert sur l’extérieur, joue un rôle central dans le film. Il n’offre ni grandes perspectives ni symbolisme fort, mais représente une antichambre de la mort, un dernier espace où contempler les lueurs ordinaires d’un printemps. Ce jardin clos, réservé aux résidents, devient un havre de paix et une scène à part entière. Il incarne à la fois un lieu de transition et un espace de création, où la vie et la mort se côtoient. Son caractère clos souligne l’isolement des personnages tout en offrant une possibilité de renouveau à travers l’art et le soin.
Ryusuke Hamaguchi, reconnu pour son cinéma humaniste, propose avec *Soudain* un film qui prend soin du spectateur en lui offrant une clé pour comprendre son univers. Le long-métrage est décrit comme un mélodrame radieux, mais aussi comme un film traversé de contradictions fécondes. Il mêle des éléments culturels japonais et français, ainsi que des approches thérapeutiques et artistiques. Le film, salué pour son émotion et sa profondeur, invite à reconsidérer la manière dont la société aborde la fin de vie, en proposant une réflexion sur le temps, la mort et la manière de l’affronter. Sa durée de 3h15 minutes reflète cette ambition de prendre le temps nécessaire pour explorer ces thèmes.

