Une boîte de Pandore
Mark Carney a de bonnes raisons de se préoccuper du référendum en Alberta..
Le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), appelé Brexit et organisé en 2016, a eu des conséquences bien plus larges que prévu. D’un point de vue économique, le Royaume-Uni a subi des pertes significatives, mais c’est surtout sur le plan politique que les effets se sont fait sentir. Le parti Reform UK, dirigé par Nigel Farage, a émergé comme une force majeure. Ce parti est caractérisé par des positions populistes, xénophobes et climatosceptiques, et il recueille actuellement plus de 20 % des intentions de vote dans les sondages. Ce mouvement illustre comment une décision politique mal anticipée peut donner naissance à des dynamiques difficiles à contrôler. Le premier ministre canadien Mark Carney, qui a grandi en Alberta, semble avoir tiré des leçons de cette expérience, notamment en craignant qu’un référendum sur l’indépendance de l’Alberta ne mène à des conséquences similaires.
L’Alberta organise un référendum le 20 octobre 2026, où les électeurs devront se prononcer sur la question de l’indépendance de la province. Bien qu’il n’existe pas encore de parti politique clairement indépendantiste, une victoire du « oui » pourrait accélérer la création d’un tel mouvement. Cela créerait une situation complexe pour la première ministre albertaine Danielle Smith, dont le parti, le Parti conservateur uni, compte déjà de nombreux partisans de la sécession. Mark Carney craint également qu’un tel scénario ne donne naissance à une version albertaine du Parti québécois (PQ), qui pourrait ouvrir un nouveau front dans les débats sur l’unité canadienne. L’article souligne que la création du PQ a pris moins de dix ans après sa fondation, ce qui rappelle que les dynamiques politiques peuvent évoluer rapidement.
Le référendum albertain ne porte pas uniquement sur l’indépendance, mais comprend dix questions au total. Les neuf autres questions abordent des sujets comme le contrôle de l’immigration, des demandes constitutionnelles ou des réformes institutionnelles. Par exemple, la première question demande si les Albertains souhaitent que leur gouvernement renforce son contrôle sur l’immigration, en privilégiant la migration économique et en donnant la priorité aux résidents locaux pour les emplois. Une réponse positive pourrait créer des tensions avec Ottawa, surtout si le gouvernement fédéral refuse de céder du pouvoir. Cela risquerait d’exacerber le sentiment d’aliénation en Alberta et d’alimenter le mouvement indépendantiste. Le Québec, qui a déjà tenté de négocier des pouvoirs similaires, pourrait également réclamer les mêmes concessions.
Plusieurs des questions du référendum albertain concernent des réformes constitutionnelles qui intéressent aussi le Québec. Par exemple, la question 8 porte sur le droit de retrait des programmes fédéraux dans des domaines de compétence provinciale, avec une compensation financière. Le Québec demande depuis des décennies un encadrement de ce pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral, qui n’est pas prévu dans la Constitution mais est utilisé pour homogénéiser le pays. En 2022, l’Alberta a adopté la Loi sur la souveraineté de l’Alberta dans un Canada uni, qui permet en théorie à la province de contourner des lois fédérales, mais Ottawa n’en reconnaît pas la légalité. Une victoire du « oui » à ces questions pourrait donc mener à des conflits juridiques et politiques majeurs.
Certaines des réformes proposées dans le référendum albertain pourraient trouver un écho au Québec. Par exemple, l’abolition du Sénat (question 7) ou la nomination des juges aux cours supérieures par les provinces (question 6) sont des sujets qui intéressent aussi les partisans d’une troisième voie au Québec. Bien que le gouvernement péquiste ne semble pas prêt à relancer le débat sur le renouvellement du fédéralisme, ces questions pourraient renforcer les liens entre l’Alberta et le Québec. Mark Carney, qui est originaire de l’Alberta, pourrait se retrouver dans une position délicate si Danielle Smith utilise les résultats du référendum pour exiger des négociations, comme l’a fait le Québec en 1998 avec le Renvoi relatif à la sécession du Québec, une décision de la Cour suprême qui encadre les conditions d’une possible sécession.
L’article utilise l’expression *boîte de Pandore* pour décrire les risques liés au référendum albertain. En effet, les réponses aux dix questions pourraient ouvrir des débats politiques, juridiques et constitutionnels complexes, difficiles à refermer une fois lancés. Par exemple, une victoire du « oui » sur le contrôle de l’immigration ou sur des réformes constitutionnelles pourrait créer des précédents que d’autres provinces, comme le Québec, pourraient utiliser pour faire valoir leurs propres revendications. Ottawa se retrouverait alors face à un dilemme : refuser ces demandes au risque d’alimenter le ressentiment, ou les accepter et ouvrir la porte à une remise en cause plus large de l’unité canadienne. Mark Carney, en tant que premier ministre, a donc tout intérêt à surveiller de près l’évolution de ce référendum.

