Vous refusez la dictature de l'IA? Il est encore temps de ressusciter Ned Ludd
Figure mythique de la contestation ouvrière, Ned Ludd est le capitaine des «briseurs de machines» qui ébranlèrent l'Angleterre au XIXe siècle. La fronde anti-IA contemporaine ferait bien de s'en inspirer..
L’intelligence artificielle (IA) suscite aujourd’hui de vives inquiétudes dans plusieurs domaines. Parmi les risques identifiés, on trouve le piratage de données, la diffusion de fake news (fausses informations), les cyberattaques, l’accélération du réchauffement climatique, le pillage de la propriété intellectuelle, la destruction d’emplois, la surveillance de masse, la dépendance technologique et les atteintes à la santé mentale, notamment chez les jeunes. Ces menaces ne sont plus seulement portées par la société civile, mais aussi par des acteurs de l’industrie. En septembre 2026, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a appelé à modérer le développement de l’IA pour permettre une meilleure gestion des risques liés à cette technologie. Ces craintes illustrent une remise en question croissante de l’IA et de son impact sur la société.
Face à ces enjeux, une résistance civile s’organise pour contrer l’influence de l’IA. Les actions incluent le boycott des produits des grandes entreprises technologiques, le soutien aux artistes et créateurs humains, l’ajout de «-AI» dans les recherches Google, ou encore des poursuites judiciaires contre les acteurs néfastes de l’industrie. Certains manifestants vont jusqu’à des grèves de la faim ou au blocage de la construction de data centers (centres de données), comme l’a fait l’activiste Erin Brockovich en 2026. Ces mouvements s’inspirent de l’héritage de Ned Ludd, une figure historique de la contestation contre les machines et les technologies jugées oppressives.
Ned Ludd est une figure légendaire née en Angleterre au début du XIXe siècle, dans un contexte marqué par la Révolution industrielle. En novembre 1811, une lettre signée de son nom menace un employeur d’une région textile de Nottingham, lui intimant de démonter ses métiers à tisser mécaniques sous peine de représailles. Bien que personne ne porte ce nom dans les registres, le pseudonyme devient le symbole d’un mouvement de révolte : les luddites. Ces derniers, principalement des artisans du textile, sabotent des machines, incendient des ateliers et intimident les patrons. Leur colère vise non seulement la perte d’emplois, mais aussi la dégradation des conditions de travail et la perte de dignité. Le mouvement s’étend rapidement dans plusieurs comtés anglais, comme Leicester, Derby ou Yorkshire.
La révolte des luddites s’inscrit dans un contexte économique et social difficile. L’Angleterre du début du XIXe siècle est marquée par une hausse des prix des denrées alimentaires, des guerres napoléoniennes et une précarité accrue pour les travailleurs. Les métiers à tisser mécaniques, brevetés en 1785, transforment le travail artisanal en une activité industrialisée, centralisée dans des usines et soumise à des cadences strictes. Les artisans, autrefois maîtres de leur outil de travail, deviennent des employés soumis à des règles strictes et à des salaires réduits. Cette transformation suscite une colère généralisée, qui dépasse les frontières anglaises et touche l’Europe entière.
La réponse des autorités à la révolte luddite est brutale. En avril 1812, l’assassinat d’un grand patron de l’industrie textile, William Horsfall, pousse le Parlement à renforcer la répression. La destruction de machines est assimilée à un crime capital, passible de la pendaison. Plusieurs dizaines de luddites sont exécutés ou déportés, et le mouvement est définitivement écrasé en 1813. Malgré cette répression, la révolte laisse une trace durable dans l’histoire sociale. Sur le plan économique, la mécanisation du textile se poursuit : entre 1800 et 1860, le nombre de tisserands passe de 250 000 à 7 000, tandis que le nombre de métiers mécaniques est multiplié par 100. Les luddites n’ont pas réussi à stopper la Révolution industrielle, mais leur combat a mis en lumière les dérives d’un progrès technologique mal maîtrisé.
Deux siècles après les faits, les arguments des luddites résonnent encore. Leur révolte n’était pas seulement une opposition aux machines, mais une remise en question des dérives d’un système technocratique où les travailleurs deviennent des rouages déshumanisés. Ned Ludd lui-même se présentait comme « un ami des pauvres et des misérables et un ennemi juré du trône des oppresseurs ». Aujourd’hui, les activistes anti-IA partagent ces inquiétudes : perte d’emplois, surveillance de masse, dépendance technologique et menace sur la propriété intellectuelle. Certains mouvements, comme ceux des néo-luddites des années 1980 ou les contestations contre les data centers, perpétuent cette tradition de résistance. Leur objectif n’est pas de rejeter toute technologie, mais de questionner ses limites éthiques et son contrôle par une élite.
Pour faire entendre leur voix, les opposants à l’IA utilisent des méthodes variées : boycott, soutien aux créateurs humains, ajout de «-AI» dans les recherches en ligne, ou encore actions directes comme les grèves de la faim ou le blocage de projets. Ces actions visent à alerter sur les dangers de l’IA tout en défendant des valeurs humaines, comme la création artistique ou la résistance face à la déshumanisation. En attendant des régulations plus strictes, ces mouvements rappellent que la protestation reste un levier pour influencer l’évolution technologique et préserver ce qui fait la valeur de l’humain.

