El Niño, déforestation et agriculture, le cocktail explosif qui embrase la Colombie
Depuis quinze jours, des feux dévastent des milliers d’hectares dans les départements colombiens du Tolima et du Nariño. Les autorités enquêtent sur d’éventuels actes criminels, mais le réchauffement climatique et la déforestation sont aussi pointés du doigt..
Depuis le 11 août 2026, des incendies ravagent les départements colombiens du Tolima et du Nariño, situés respectivement au centre et au sud du pays. Selon les autorités locales, plus de 27 000 hectares de végétation ont été détruits dans le Tolima, tandis que 2 800 hectares de pâturages et terres agricoles ont été touchés dans le Nariño. Ces feux menacent les moyens de subsistance des populations rurales, avec des pertes agricoles estimées à 50 milliards de pesos colombiens, soit environ 14 millions d’euros, pour le seul département du Tolima. Les autorités enquêtent sur d’éventuels actes criminels, mais les causes principales semblent liées aux conditions climatiques et à l’état des écosystèmes locaux.
Le phénomène météorologique El Niño, qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, aggrave les conditions climatiques en Colombie depuis plusieurs mois. Ce phénomène intensifie les périodes de sécheresse et augmente les températures, rendant la végétation plus inflammable. Les températures élevées et l’assèchement prolongé des sols transforment les forêts et les pâturages en zones à haut risque d’incendie. Dans le Tolima, les autorités locales soulignent que les températures plus élevées et la sécheresse prolongée permettent à des éléments anodins, comme une bouteille en verre abandonnée, de déclencher des feux incontrôlables.
La déforestation et l’expansion des zones agricoles, notamment pour la culture du café, ont profondément modifié les écosystèmes du Tolima. Ces activités ont remplacé les forêts luxuriantes par des étendues de végétation sèche et inflammable. La déforestation réduit la biodiversité et augmente la quantité de matière combustible disponible pour les incendies. Les cultures en haute montagne, comme celles du café, ont accru la pression sur les sols et les ressources en eau, fragilisant davantage les paysages face aux risques d’incendie. Don Elbert, un agriculteur local, témoigne avoir perdu dix ans de travail après la destruction de sa plantation d’avocats par les flammes.
Les incendies ont des répercussions dramatiques sur les populations rurales, dont les moyens de subsistance dépendent souvent de l’agriculture. Dans le Tolima, les pertes agricoles s’élèvent à 50 milliards de pesos (14 millions d’euros), tandis que les feux menacent directement les habitations et les infrastructures locales. Les autorités ont déployé plus d’une dizaine d’avions pour lutter contre les incendies, mais la situation reste critique. Les populations, comme celle de Don Elbert, se retrouvent sans ressources et doivent repartir de zéro, sans garantie de pouvoir reconstruire leur activité.
Le gouvernement colombien, dirigé par le président Abelardo de la Espriella, a mis en place des mesures d’urgence pour combattre les incendies, notamment en mobilisant des avions bombardiers d’eau. Cependant, les experts de la fondation environnementale Biodiversos estiment que ces actions ne suffisent pas. Ils appellent à une politique intégrale de gestion des feux, incluant une meilleure gestion des paysages et de la végétation combustible en amont. Cette approche vise à réduire les risques à long terme, d’autant plus que le pic d’intensité d’El Niño est attendu pour septembre 2026.
La Colombie fait face à un défi environnemental complexe, où les incendies ne sont que la partie visible d’un problème plus large. Les experts soulignent la nécessité d’agir à la fois sur les causes immédiates, comme les conditions climatiques, et sur les causes structurelles, comme la déforestation et l’expansion agricole non durable. Sans une gestion intégrée des feux et une protection renforcée des écosystèmes, les risques de catastrophes similaires pourraient se multiplier dans les années à venir, aggravant les crises économiques et sociales pour les populations locales.

