Les papes et la France 1/4 : Le pape et le président, se quereller et papoter
En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État met fin au Concordat entre la France et la papauté. Les liens diplomatiques sont rompus.
En 1870, avec la chute du Second Empire et la proclamation de la IIIe République, la France devient une république laïque dirigée par un président. Jusqu’alors, les relations avec le pape étaient gérées par l’empereur ou le roi. Désormais, c’est un président élu qui doit dialoguer avec le souverain pontife, le pape, chef spirituel de l’Église catholique. En 1878, Léon XIII devient pape et tente d’adapter l’Église aux changements de la société française, malgré les lois de laïcisation croissantes. En 1892, il lance un appel appelé le Ralliement, invitant les catholiques français à accepter les institutions républicaines, malgré leur opposition traditionnelle à la République. Diplomatiquement, les échanges passent par des nonces apostoliques, des représentants du pape auprès des États, et des ambassadeurs français envoyés au Vatican.
Au début du XXe siècle, l’arrivée au pouvoir de républicains radicaux, comme Émile Combes en 1902, durcit les relations entre la France et le pape. En 1901, la loi Waldeck-Rousseau sur les associations est appliquée : elle interdit l’enseignement aux congrégations religieuses, provoquant un tollé chez les catholiques. En mai 1904, le président Émile Loubet se rend à Rome pour rencontrer le roi d’Italie, Victor-Emmanuel III, mais ignore le pape Pie X, marquant le début d’une rupture diplomatique. Cette décision symbolique s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre l’État français et l’Église, qui aboutira à la loi de séparation des Églises et de l’État en décembre 1905.
La loi du 9 décembre 1905 met fin au Concordat de 1801, un accord historique entre la France et le pape Napoléon Ier, qui reconnaissait le catholicisme comme religion de la majorité des Français et organisait les relations entre l’Église et l’État. Cette loi supprime le financement public des cultes et place les religions sous le contrôle de l’État. Le pape Pie X réagit en condamnant la loi par deux encycliques (lettres officielles du pape adressées à l’Église universelle) et en appelant les catholiques français à rejeter la République. Cette position radicale divise la communauté catholique et alimente les tensions politiques. Les relations ne s’apaiseront qu’à partir des années 1920, après plus d’une décennie de rupture.
Les relations diplomatiques entre la France et le Vatican ne reprennent vraiment qu’à partir des années 1920. En 1921, un ambassadeur français est enfin envoyé à Rome, marquant la fin d’une décennie de rupture. Les négociations aboutissent en 1924 à la création des associations diocésaines, des structures permettant aux catholiques d’organiser le culte sans dépendre de l’État. Ces associations deviennent le nouveau cadre juridique pour l’Église en France. Pendant l’entre-deux-guerres, le pape reste confiné au Vatican, mais les rencontres officielles entre présidents français et papes se multiplient après la Seconde Guerre mondiale. René Coty, dernier président de la IVe République, est le premier à se rendre au Vatican en mai 1957, suivi par Charles de Gaulle en 1959.
À partir des années 1950, les rencontres entre présidents français et papes deviennent régulières et revêtent une double dimension : politique et symbolique. En 1959, Charles de Gaulle se rend au Vatican pour rencontrer Jean XXIII, un événement filmé et diffusé à la télévision, ce qui renforce la visibilité de ces échanges. Ces rencontres illustrent une forme de réconciliation entre la République française, laïque, et l’Église catholique, tout en servant de levier diplomatique. Elles marquent aussi une évolution dans la perception de la laïcité en France, où l’État et la religion trouvent un équilibre malgré leurs différences historiques.

