Stanislas Dehaene, tout sur le cerveau 2/5 : Le sens des nombres
Du sens du nombre partagé avec les singes à la géométrie de Lascaux, Stanislas Dehaene explore comment le cerveau invente les mathématiques..
Stanislas Dehaene est un neuropsychologue français, professeur au Collège de France. Après un doctorat obtenu en 1989, il a travaillé sous la direction de Jacques Mehler, un psycholinguiste renommé. Il s'est ensuite formé à l'imagerie cérébrale aux États-Unis, auprès de Michael Posner, un spécialiste des neurosciences cognitives. Avec les neurologues Laurent Cohen et Lionel Naccache, il a étudié des troubles comme la dyslexie et la dyscalculie, une difficulté spécifique à comprendre et manipuler les nombres. En 2000, il a découvert la « boîte aux lettres » cérébrale, une zone du cerveau dédiée à la reconnaissance des lettres. Ses travaux ont permis de mieux comprendre comment le cerveau traite les nombres et les symboles mathématiques.
Dans son livre La Bosse des maths publié en 1996, Stanislas Dehaene défend l'idée que les humains possèdent un sens intuitif des nombres dès la naissance. Ce sens, partagé avec certains animaux comme les singes, permet de comparer des quantités sans compter. Grâce à des techniques d'imagerie cérébrale comme l'électroencéphalographie (EEG) et l'IRM (imagerie par résonance magnétique), il a identifié les zones du cerveau impliquées dans le calcul. Ces découvertes suggèrent que l'apprentissage des mathématiques devrait s'appuyer sur cette intuition naturelle plutôt que sur des aptitudes innées. Dehaene plaide ainsi pour une pédagogie des mathématiques plus accessible et moins élitiste.
Dans son dernier ouvrage, Le Rectangle de Lascaux (2026), Stanislas Dehaene explore les origines de la géométrie en étudiant les peintures rupestres de la grotte de Lascaux. Il y observe des symboles géométriques, comme des rectangles associés à des séries de points, suggérant que les humains préhistoriques possédaient déjà une forme de raisonnement spatial et numérique. Cette découverte renforce l'hypothèse selon laquelle la géométrie serait née de la nécessité de représenter et de comprendre l'espace, bien avant l'invention des nombres abstraits. Dehaene montre ainsi que les mathématiques, loin d'être une invention récente, pourraient avoir des racines profondes dans l'histoire de l'humanité.
Stanislas Dehaene a dirigé plusieurs travaux sur l'application des neurosciences à l'éducation. En 2024, il a publié Science et école : ensemble pour mieux apprendre, un ouvrage issu des travaux du Conseil scientifique de l'éducation nationale, qu'il préside. Ses recherches visent à améliorer les méthodes d'enseignement en s'appuyant sur les mécanismes cérébraux de l'apprentissage. Il a également coécrit L'École éclairée par la science en 2021, un rapport qui propose des pistes pour adapter l'enseignement aux découvertes sur le fonctionnement du cerveau. Ces initiatives soulignent l'importance de fonder les pratiques pédagogiques sur des preuves scientifiques plutôt que sur des traditions ou des croyances.
La dyscalculie est un trouble spécifique des apprentissages qui affecte la capacité à comprendre et manipuler les nombres. Stanislas Dehaene et ses collaborateurs, comme Laurent Cohen et Lionel Naccache, ont étudié ce trouble pour en comprendre les mécanismes cérébraux. Leurs travaux ont montré que la dyscalculie pourrait être liée à des dysfonctionnements dans les zones du cerveau dédiées au traitement des quantités, comme le sillon intrapariétal. Ces recherches ont permis de mieux identifier les difficultés des personnes atteintes de ce trouble et d'envisager des méthodes d'accompagnement adaptées. Dehaene a contribué à populariser ces connaissances auprès du grand public et des professionnels de l'éducation.
Stanislas Dehaene a utilisé plusieurs techniques d'imagerie cérébrale pour étudier le fonctionnement du cerveau. L'électroencéphalographie (EEG) mesure l'activité électrique des neurones à travers le crâne, tandis que l'IRM (imagerie par résonance magnétique) permet de visualiser les structures cérébrales en temps réel. Ces outils ont été essentiels pour identifier les zones du cerveau impliquées dans le calcul, la lecture et d'autres fonctions cognitives. Grâce à ces méthodes, Dehaene a pu montrer que le cerveau humain possède des circuits spécialisés pour traiter les nombres, confirmant l'idée d'un sens inné des quantités. Ces avancées technologiques ont révolutionné les neurosciences et ouvert de nouvelles perspectives en psychologie cognitive.

