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Environnement

Clôtures et forêts engrillagées : comment retrouver la liberté de cheminer

Reporterre · mis à jour il y a 11 j

Dans « La Tragédie des enclosures », Sarah Vanuxem et Antoine Constantin Caille reviennent sur la privatisation des terres en exhumant un poète anglais du XVIII e siècle, John Clare. Et appellent à réinventer le droit de cheminer librement...

Forêts grillagées en France

En France, une partie croissante des forêts publiques et privées est désormais engrillagée, c’est-à-dire entourée de clôtures métalliques ou en bois pour en limiter l’accès. Selon l’Office national des forêts (ONF), environ 10 % des forêts domaniales (soit 300 000 hectares sur 3 millions) seraient concernées par ce phénomène, principalement dans les régions de montagne comme les Alpes ou les Pyrénées. Ces clôtures visent souvent à protéger les jeunes pousses des animaux sauvages comme les cerfs ou les sangliers, qui peuvent endommager les arbres en broutant leur écorce. Cependant, cette pratique soulève des questions sur l’accès du public à ces espaces naturels, traditionnellement ouverts à la randonnée et aux activités de plein air. Les associations de défense de l’environnement dénoncent une privatisation de l’espace naturel, tandis que les propriétaires forestiers justifient ces mesures par la nécessité de régénérer les forêts après des décennies de surpâturage ou de pression cynégétique.

Accès aux chemins publics

Le droit de cheminer en France est encadré par le Code forestier et le Code de l’environnement, qui garantissent le libre accès aux forêts et aux chemins ruraux, sauf exceptions motivées. Pourtant, de nombreux propriétaires privés ou publics installent des clôtures ou des portails bloquant l’accès à ces voies, parfois sans signalement clair. En 2022, une enquête de l’association Forêts Sauvages a révélé que 15 % des sentiers de randonnée en zone forestière étaient interdits d’accès dans certaines régions, comme en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Occitanie. Ces restrictions posent un problème pour les randonneurs, les cueilleurs de champignons ou les promeneurs, qui voient leurs droits réduits. Les collectivités locales et les fédérations de randonnée tentent de négocier avec les propriétaires pour maintenir l’ouverture des chemins, mais les conflits persistent, notamment dans les zones touristiques où la pression foncière est forte.

Réglementation et conflits

La loi française reconnaît le droit de passage sur les chemins ruraux et les servitudes de passage, qui permettent aux riverains et au public d’accéder à des propriétés privées sous certaines conditions. Cependant, l’application de ces règles est souvent complexe, car elle dépend des usages locaux et des décisions des tribunaux. En 2021, un arrêt de la Cour de cassation a rappelé que toute clôture empêchant l’accès à un chemin public pouvait être considérée comme illégale, sauf si elle est justifiée par un intérêt écologique ou agricole. Malgré cela, les propriétaires continuent parfois d’installer des barrières sans consultation préalable, provoquant des tensions avec les usagers. Les associations comme la Fédération française de randonnée pédestre militent pour une meilleure application de la loi et une cartographie exhaustive des chemins accessibles, afin de limiter les abus.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs pistes sont explorées pour concilier protection des forêts et liberté de cheminement. Certaines communes optent pour des **clôtures mobiles** ou des systèmes de passage contrôlé, comme des portails cadenassés avec des clés disponibles en mairie. D’autres misent sur la **signalétique claire** pour indiquer les zones accessibles ou interdites, évitant ainsi les malentendus. Des projets pilotes, soutenus par des subventions européennes ou nationales, testent des solutions innovantes, comme des clôtures en matériaux biodégradables ou des partenariats entre propriétaires et associations pour co-gérer les espaces. En 2023, le ministère de la Transition écologique a lancé un appel à projets pour financer des aménagements favorisant l’ouverture des forêts, avec un budget de 5 millions d’euros. Ces initiatives montrent une prise de conscience progressive, mais leur généralisation dépendra de la volonté des acteurs locaux et des moyens alloués.

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