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Cet adolescent de 16 ans a une mémoire hors du commun : il surpasse 99, 9 % de la population mondiale

Presse-Citron · mis à jour il y a 12 j

Avez-vous des souvenirs de votre troisième mois de vie, alors que vous n'étiez encore qu'un nourrisson ? Évidemment que non, mais cet adolescent assure l'inverse, et les tests menés en laboratoire lui donnent raison..

Mémoire et oubli normal

Notre cerveau filtre naturellement les souvenirs pour éviter la surcharge. Ce mécanisme, appelé inhibition cognitive, permet d’oublier les détails inutiles ou douloureux afin de préserver notre santé mentale et nos capacités à raisonner de manière abstraite. Par exemple, nous ne nous souvenons généralement pas de ce que nous avons mangé il y a cinq jours, car ces informations sont jugées peu importantes par notre mémoire. Ce processus est essentiel pour maintenir l’équilibre de notre fonctionnement cognitif, comme un ordinateur qui libère régulièrement sa mémoire vive (RAM) pour éviter la surcharge. Environ 99,9 % de la population mondiale fonctionne ainsi, sans capacité de mémorisation exceptionnelle.

Hyperthymésie rare

L’hyperthymésie ou hypermnésie autobiographique est une condition neurocognitive extrêmement rare où le cerveau ne filtre pas les souvenirs de la même manière. Selon l’Institut du cerveau, moins de 30 cas ont été scientifiquement documentés dans le monde. Les personnes atteintes, comme KCL, un adolescent de 16 ans, peuvent se remémorer des événements très anciens, parfois dès l’âge de trois mois, contrairement à la majorité des gens qui oublient leurs premiers souvenirs en raison de l’amnésie infantile (un phénomène normal où les souvenirs précoces s’effacent). Cette capacité a été confirmée par des tests menés par une équipe de chercheurs de l’Université Jagellonne (Pologne), dirigée par Krystian Barzykowski, spécialiste des sciences cognitives.

Capacités exceptionnelles de KCL

KCL, un adolescent de 16 ans, peut reconstituer en détail 50 % de ses journées depuis août 2022. Lors de tests, il a démontré une capacité à se souvenir d’événements précis, comme la météo ou des détails vérifiables de sa vie quotidienne, à partir de dates aléatoires. Ses résultats se situaient à plus de 3 écarts-types au-dessus de la moyenne, ce qui signifie qu’il se classe dans le 0,1 % supérieur de la population mondiale pour cette compétence. Par exemple, il peut associer une date à un événement mondial ou national, ou décrire le déroulement exact de sa journée à un jour donné. Ces performances confirment son diagnostic d’hyperthymésie.

Origines et mécanismes

Les scientifiques explorent deux pistes pour expliquer l’hyperthymésie. D’abord, la neurogenèse intense chez les jeunes enfants, qui réorganise en permanence les connexions cérébrales (synapses), effaçant ou masquant les premiers souvenirs. Ensuite, l’absence de conscience de soi et de structuration linguistique chez les tout-petits, qui empêche la consolidation des souvenirs sous forme d’histoire personnelle. Chez KCL, ces mécanismes semblent altérés : ses souvenirs précoces sont précis et accessibles, souvent déclenchés par des stimuli comme une chanson ou une odeur. Aucune anomalie cérébrale structurelle n’a été détectée chez lui ou d’autres personnes atteintes.

Limites et normalité

Malgré ses capacités mémorielles exceptionnelles, KCL présente des fonctions cognitives normales : son attention, sa mémoire de travail (capacité à retenir temporairement des informations pour une tâche immédiate) et ses fonctions exécutives (comme la planification) sont comparables à celles de la population générale. Il n’a souffert d’aucun trouble psychiatrique et son développement neurocognitif s’est déroulé sans particularité. Les chercheurs soulignent que l’hyperthymésie ne confère pas de super-pouvoirs cognitifs : elle se limite à une meilleure accessibilité aux souvenirs personnels, sans avantage dans d’autres domaines comme l’apprentissage ou la mémorisation de chiffres.

Ce que ça pourrait changer

Les chercheurs, dont Krystian Barzykowski, estiment que les cas d’hyperthymésie pourraient être plus nombreux que les 30 documentés, mais restent non détectés. Leur étude, publiée en 2026 dans la revue *Cortex*, vise à sensibiliser les professionnels de santé pour mettre en place des protocoles de repérage précoce. Cela permettrait d’étudier davantage cette condition, identifiée seulement en 2006, et d’en comprendre les mécanismes. Actuellement, aucun examen d’imagerie cérébrale n’a révélé d’anomalie chez ces individus, laissant les scientifiques face à une énigme : comment leur cerveau parvient-il à accéder si clairement à leurs souvenirs sans perturber le reste de son fonctionnement ?

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