Pourquoi “Salvation”, d’Emin Alper
Porté par une mise en scène puissante et une photographie hypnotique, “Salvation” sort en France ce 2 septembre. Le nouveau film du cinéaste de “Burning Days” met en scène une escalade de violence entre deux clans kurdes.
Le film Salvation, réalisé par Emin Alper, est un long-métrage sorti en France le 2 septembre 2026. Ce film, décrit comme un film noir aux allures de western anatolien, met en scène une escalade de violence entre deux clans kurdes. Salvation a été salué à l’international, notamment en remportant l’Ours d’argent à la Berlinale 2026, un prix prestigieux décerné lors du festival du film de Berlin. En Turquie, où le film a été projeté six mois avant sa sortie française, il a suscité des réactions contrastées, loin de l’unanimité des critiques.
Emin Alper, âgé de 52 ans, est un cinéaste turc reconnu pour ses films engagés politiquement. Son précédent long-métrage, Burning Days, sorti en 2023, avait déjà provoqué des polémiques. Ce film, qui utilisait une narration métaphorique pour aborder la corruption sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan, avait divisé l’opinion publique en Turquie. Certains médias l’avaient encensé, tandis que le parti islamo-nationaliste au pouvoir l’avait vivement critiqué, allant jusqu’à reprocher à Alper la représentation de personnages homosexuels dans le film. Cette polémique avait conduit le réalisateur à rembourser les aides publiques qu’il avait reçues pour réaliser Burning Days.
En 2026, Salvation a reçu un accueil très différent de celui réservé à Burning Days. En Turquie, le film a été largement ignoré par les médias proches du pouvoir, qui avaient pourtant critiqué Burning Days. Pire encore, il a été attaqué par une grande partie de la presse de gauche et des médias kurdes, qui comptaient parmi les principaux soutiens d’Emin Alper jusqu’alors. Ces critiques reprochent notamment au réalisateur de présenter une vision stéréotypée de la communauté kurde, c’est-à-dire une représentation simplifiée, parfois caricatural, des Kurdes et de leurs conflits internes. Emin Alper a exprimé sa surprise et sa déception face à ces réactions, déclarant en mars 2026 : « C’est une période difficile pour moi, […] certaines critiques m’ont surpris et peiné ».
Le film Salvation s’inscrit dans un contexte politique et social particulièrement tendu en Turquie. Le pays est dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan depuis 2003, et son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), est souvent accusé de restreindre les libertés artistiques et médiatiques. Les tensions entre le pouvoir et les minorités, comme la communauté kurde, sont récurrentes. Les médias kurdes et de gauche, traditionnellement critiques envers le gouvernement, attendaient peut-être d’Emin Alper une prise de position plus explicite contre les abus du pouvoir. Or, Salvation aborde les conflits internes aux Kurdes sans les lier directement à la politique turque, ce qui a déçu une partie de son public habituel.
*Salvation* a été primé à l’international, avec l’*Ours d’argent* obtenu à la Berlinale 2026, un festival majeur du cinéma. En Turquie, le film a été projeté en salles six mois avant sa sortie en France, mais il n’a pas bénéficié d’une large couverture médiatique. À l’inverse, en France, il sort dans un contexte où les films politiques et engagés trouvent un écho particulier. La sortie française coïncide avec une période où le cinéma turc, souvent censuré ou sous-financé dans son pays, est mis en avant en Europe pour son audace et sa créativité.

