Gironde : des tonnes de bois brûlé à évacuer
Plus de 40 000 hectares de forêt ont brûlé cet été. Un autre chantier commence à peine : évacuer au plus vite le bois calciné, avant qu'il ne perde toute valeur, et que les parasites n'apparaissent.
L’été 2026 a été marqué par des incendies majeurs en Gironde, où plus de 40 000 hectares de forêt ont été ravagés par les flammes. Ces feux ont détruit une surface équivalente à environ 56 000 terrains de football, soit presque la moitié des forêts du département. Les zones touchées, comme la forêt de Marcheprime ou celle du Temple, abritaient des peuplements de pins, des arbres souvent exploités pour leur bois. Ces incendies ont laissé derrière eux un paysage de troncs calcinés et de végétation partiellement détruite, avec une repousse déjà visible entre les arbres morts. Les autorités ont autorisé le retour des machines dans ces zones à partir de septembre 2026, marquant le début d’un nouveau chantier : l’évacuation des arbres brûlés.
Le bois calciné représente un volume colossal : 4,5 millions de mètres cubes, soit presque l’équivalent d’une année entière de récolte forestière en Gironde. Ce bois, s’il n’est pas évacué rapidement, perdra toute valeur commerciale et deviendra inutilisable. Les professionnels du secteur, comme Julien Ducasse (directeur de l’agence de Cestas de la coopérative Alliance Forêt Bois), soulignent l’urgence de cette opération. En effet, le bois brûlé peut aussi attirer des parasites qui menacent les forêts environnantes encore saines. De plus, les pluies automnales pourraient rendre les sols impraticables pour les engins forestiers, compliquant encore davantage le travail. Les sylviculteurs doivent donc agir avant l’automne pour éviter une perte économique majeure.
Évacuer 4,5 millions de mètres cubes de bois en peu de temps représente un défi logistique et économique sans précédent. Le coût des carburants, élevé, pèse sur les opérations, rendant certaines interventions peu rentables. Les sylviculteurs, comme Michel Robert qui gère 500 hectares de forêt familiale depuis trois générations, doivent trouver des solutions pour stocker ou transformer ce bois avant qu’il ne se dégrade davantage. Le secrétaire général du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, Éric Dumontet, reconnaît la difficulté à trouver des débouchés pour ce bois, dont la qualité est fortement altérée par le feu. Le gouvernement a annoncé des aides pour le broyage des arbres morts, mais celles-ci ne couvrent pas tous les besoins, laissant les professionnels dans une situation précaire.
La crise du bois brûlé en Gironde illustre les conséquences économiques des incendies de forêt. Une région comme celle-ci, où la sylviculture est une activité majeure, subit un choc important : la perte de 4,5 millions de mètres cubes de bois équivaut à une année de production locale. Les prix du bois sur le marché chutent, et les coûts d’évacuation grimpent, fragilisant les exploitations forestières. Les aides gouvernementales, bien que nécessaires, sont perçues comme insuffisantes par certains acteurs du secteur, comme les membres du syndicat qui plaident pour un soutien accru au stockage. Cette situation met en lumière la vulnérabilité des économies locales face aux catastrophes naturelles, surtout dans un contexte où les incendies deviennent plus fréquents et intenses en raison du changement climatique.
Alors que les machines commencent à évacuer les arbres calcinés, la question de la reconstruction des forêts se pose déjà. Les professionnels de la filière, comme ceux de la coopérative *Alliance Forêt Bois*, doivent non seulement gérer l’urgence immédiate, mais aussi préparer l’avenir. La repousse de la végétation entre les pins brûlés est un signe d’espoir, mais elle ne suffira pas à restaurer les écosystèmes détruits en quelques mois. Les sylviculteurs devront probablement adapter leurs pratiques, par exemple en diversifiant les essences d’arbres plantées pour limiter les risques futurs. Par ailleurs, cette crise pourrait accélérer les réflexions sur la gestion des forêts en France, notamment en matière de prévention des incendies et de soutien aux filières locales.

