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Protestations lycéennes, gilets jaunes

The Conversation France · mis à jour il y a 21 j

L’ESSENTIEL Le mouvement lycéen et celui des gilets jaunes se caractérisent par des actions directes (blocages, occupations des ronds-points) et une organisation horizontale. Ces mouvements peuvent être qualifiés de « féraux » au sens de non domestiqués – la féralité faisant référence aux plantes et aux animaux domestiques retournés à l’état sauvage.

Mouvements contestataires récents

Les mouvements lycéens et des gilets jaunes se distinguent par des actions directes comme les blocages ou les occupations de ronds-points, ainsi que par une organisation horizontale, sans hiérarchie centrale. Ces mobilisations sont qualifiées de «férales», un terme inspiré de la féralité en biologie, désignant des êtres vivants domestiqués retournés à l’état sauvage. Ici, il souligne leur caractère non contrôlé par les institutions traditionnelles. Les autorités les perçoivent comme une menace, cherchant à les contenir par la répression policière ou des outils de consultation en ligne. Contrairement aux idées reçues, ces mouvements ne reposent pas sur des dégradations matérielles ou des violences : seulement 5 % des gilets jaunes interrogés dans l’enquête Jaune vif ont admis utiliser ces méthodes. Leur originalité réside dans leur décentralisation, avec des décisions prises en assemblées générales ou via les réseaux sociaux, sans porte-parole unique.

Contexte socio-économique

Les mobilisations actuelles s’inscrivent dans un contexte de gestion de la pénurie pour la jeunesse. Depuis vingt ans, les réformes scolaires (rythmes scolaires, réforme du lycée en 2018) et l’accès à l’enseignement supérieur (APB puis Parcoursup en 2018) ont réduit les moyens alloués aux établissements. Les droits d’inscription ont augmenté, tandis que les universités ont connu des blocus en 2025-2026 et que les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) dénoncent leur précarité. Les fermetures de classes et le manque de moyens ont aussi mobilisé parents et enseignants. Pourtant, ces revendications ont rarement été relayées par les médias ou les gouvernements. Parallèlement, d’autres conflits sociaux ont émergé, comme les oppositions à la loi Travail de 2016 ou aux projets environnementaux (ZAD de Notre-Dame-des-Landes), marquant une évolution dans les modes de contestation.

Répression policière massive

Face à ces mouvements, l’État a adopté une stratégie répressive sans précédent. En seulement deux semaines de mobilisation en octobre 2026, plus de 6 000 personnes ont été placées en garde à vue, dont 87 % de mineurs. Cette approche vise à neutraliser les protestations en intimidant les participants et en augmentant le coût personnel de l’engagement. Elle s’inscrit dans une transformation plus large du maintien de l’ordre en France, où les interpellations préventives et la judiciarisation des manifestants sont devenues systématiques. Des unités spécialisées comme les BAC (Brigades anti-criminalité) ou les BRAV-M (Brigades de répression de l’action violente motorisées) interviennent désormais au cœur des cortèges, utilisant des grenades de désencerclement et des lanceurs de balles de défense (LBD). Ces pratiques, initialement réservées aux quartiers populaires, ciblent aussi les lycéens, comme l’ont montré les images des élèves de Mantes-la-Jolie agenouillés en 2018. La répression produit souvent l’effet inverse de celui recherché : elle alimente la colère et radicalise les modes d’action.

Domestication par la technologie

Outre la répression, les autorités tentent de canaliser les mouvements sociaux via des outils numériques. Après les gilets jaunes, le gouvernement Macron a lancé un Grand débat national en 2019, piloté par des cabinets de conseil privés pour plusieurs millions d’euros. Ce dispositif, censé recueillir les revendications citoyennes, a finalement ignoré 225 000 contributions, faute de traitement adéquat. Aujourd’hui, pour répondre aux lycéens, le ministre de l’Éducation nationale propose une plateforme en ligne appelée Agora, sans ouvrir de négociations réelles avec les syndicats. Cette approche illustre une tendance où l’État délègue la gestion des conflits à des technologies de civic tech, au détriment du dialogue social. Pourtant, les revendications des élèves (suppression de Parcoursup, moyens supplémentaires, locaux adaptés) restent inchangées, montrant les limites de cette stratégie.

Ce que ça pourrait changer

La répression et les outils de consultation numériques affaiblissent la légitimité de l’État. En cherchant à domestiquer les mouvements par la force ou la technologie, les autorités risquent de saper leur propre autorité politique. Les interpellations massives, les violences policières et l’absence de réponse concrète aux revendications alimentent un sentiment de défiance. Les conflits sociaux, autrefois encadrés par des négociations, deviennent plus imprévisibles et difficiles à résoudre. Cette situation reflète une crise plus large de la représentation politique, où les institutions traditionnelles peinent à répondre aux attentes des citoyens, notamment des jeunes. La *féralisation* des mouvements sociaux, bien que non violente dans son essence, pousse les autorités à repenser leur approche pour éviter une escalade des tensions.

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