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Environnement

« Ne nous oubliez pas après les canicules » : 37 000 « sinistrés climatiques » interpellent l'État

Reporterre · mis à jour il y a 27 j

En pleine canicule, l'Affaire du siècle appelle les « sinistrés climatiques » à « se compter pour peser » et interpeller le gouvernement. Plus de 37 000 personnes ont rejoint le compteur citoyen mis en place.

37 000 victimes

En juillet 2026, plus de 37 267 personnes se sont déclarées comme sinistrés climatiques via un compteur citoyen lancé par l’Affaire du siècle, une coalition d’associations (Notre affaire à tous, Greenpeace France, Oxfam France). Ce recensement vise à alerter l’État sur les difficultés rencontrées par ces personnes exposées aux conséquences du changement climatique, comme les canicules ou les inondations. Parmi elles, Naïma, 65 ans, vit dans un logement social à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) sans volets ni ventilation, ce qui transforme son appartement en une passoire thermique lors des vagues de chaleur. Les sinistrés climatiques sont des individus dont les conditions de vie ou de travail sont directement affectées par les événements météorologiques extrêmes liés au réchauffement climatique. Leur mobilisation s’inscrit dans un contexte où les canicules en France sont devenues deux fois plus fréquentes depuis 2015, passant de une tous les cinq ans avant 1989 à deux par an en moyenne.

Appel à l'action

L’Affaire du siècle et les sinistrés climatiques lancent un appel intitulé « Se compter pour peser » pour interpeller l’État sur son manque d’action face aux risques climatiques. Ils réclament une révision du plan d’adaptation au changement climatique de la France, jugé insuffisant pour protéger les populations vulnérables. En 2025, dix personnes avaient déjà engagé un recours contre l’État pour faire réviser ce plan, avec une décision attendue en 2027. L’objectif est de faire entendre les témoignages de ces victimes, comme Harmonie, 35 ans, dont l’appartement à Lille a atteint 45 °C en juin 2026, ou Sarah, mère d’une enfant scolarisée à Montreuil (Seine-Saint-Denis), où les classes sont devenues des fournaises. Les associations soulignent que les mesures actuelles se concentrent sur l’adaptation, mais pas assez sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, essentielle pour limiter le réchauffement.

Conséquences sanitaires

Les vagues de chaleur ont des répercussions directes sur la santé des populations. En juin 2026, Santé publique France a enregistré une hausse de 30 % des décès par rapport à la semaine précédente. Les personnes âgées, comme Naïma souffrant d’hypertension, ou les nouveau-nés, comme le fils d’Harmonie, sont particulièrement vulnérables. Cette dernière a vécu une expérience traumatisante en juin 2024, lors de son accouchement dans une maternité surchauffée, où les moyens de rafraîchissement étaient limités à un ventilateur de table. Les enfants scolarisés, comme la fille de Sarah, sont aussi touchés : elle a dû retirer sa fille de l’école en raison de nausées et de maux de tête liés à la chaleur excessive dans les classes. Ces situations illustrent l’urgence d’adapter les infrastructures, notamment les logements sociaux et les établissements scolaires, souvent dépourvus de systèmes de ventilation ou de protections solaires.

Défis urbains

Les villes, en particulier celles densément peuplées comme Aubervilliers ou Lille, subissent de plein fouet les effets des canicules. Les logements sociaux, souvent mal isolés et dépourvus de volets ou de climatisation, deviennent des bouilloires thermiques. Naïma, résidente d’une tour de 17 étages, décrit des températures intenables dès le matin, malgré la fermeture des rideaux. Les écoles ne sont pas épargnées : à Montreuil, les salles de classe ont atteint des températures extrêmes, forçant certains parents à retirer leurs enfants. Ces problèmes sont aggravés par l’absence de végétalisation et de rénovation des bâtiments, malgré les demandes des associations. Le syndicat Locataires ensemble milite pour une loi rendant obligatoire l’installation de volets dans les logements sociaux, une mesure qui pourrait atténuer les effets des canicules.

Ce que ça pourrait changer

Les sinistrés climatiques et les associations pointent du doigt l’*inadaptation* de l’État face à l’urgence climatique. En 2021, l’Affaire du siècle avait déjà obtenu la condamnation de la France pour *inaction climatique*, mais les mesures concrètes restent limitées. Tatjana Uskokovic, coordinatrice de l’Affaire du siècle, interroge : *« Combien de personnes faudra-t-il perdre pour que l’État agisse ? »* Elle rappelle que les canicules, autrefois rares, sont désormais récurrentes et que les budgets alloués à l’adaptation sont jugés insuffisants. Les associations exigent à la fois des mesures d’atténuation du réchauffement (réduction des émissions) et d’adaptation (rénovation des logements, végétalisation des villes), soulignant qu’il est *« illusoire de penser qu’on peut s’adapter à un monde qui continue de se réchauffer »*.

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