À la recherche de la météo d’autrefois
Deux millions de données météorologiques des 18e et 19e siècles exhumées d’archives ouvrent une fenêtre inédite sur le passé du climat canadien..
Une équipe de chercheurs dirigée par Victoria Slonosky, membre du collectif Geothink de l’Université McGill et cofondatrice de l’organisme Open Data Rescue, a exhumé près de deux millions d’observations météorologiques réalisées au Canada entre 1768 et 1884. Ces données, dispersées dans des archives britanniques et américaines, étaient conservées sous forme de microfilms ou de registres manuscrits parfois détériorés. Le projet, nommé NORTHERN et financé par Environnement et Changement climatique Canada, couvre 46 sites répartis de Fort Peel River, dans les Territoires du Nord-Ouest, jusqu’à Halifax en Nouvelle-Écosse. Ces observations, enregistrées plusieurs fois par jour, incluaient jusqu’à vingt variables comme la température, la pression atmosphérique, la couverture nuageuse, la vitesse du vent ou encore la hauteur de neige.
Le projet NORTHERN a permis de reconstituer un patrimoine météorologique largement méconnu, offrant une vision inédite des conditions climatiques au Canada avant 1873, date de la création d’un réseau national d’observation. Les données récupérées, couvrant une période de plus d’un siècle, révèlent des variations locales et régionales du climat, comme les températures hivernales à Winnipeg en février 1884, illustrées par un registre d’observations. Ces informations sont précieuses pour comprendre l’évolution du climat canadien avant l’ère des stations météorologiques modernes. Le projet s’inscrit dans une démarche de préservation et de valorisation des données historiques, essentielle pour les recherches en climatologie et en histoire environnementale.
La reconstitution de ces données a représenté un défi logistique majeur en raison de leur état de conservation. Les registres, souvent manuscrits et fragiles, ont dû être numérisés à partir de microfilms ou directement scannés. L’équipe a dû interpréter des mesures parfois incomplètes ou ambiguës, comme des unités de pression atmosphérique exprimées en pouces de mercure ou des hauteurs de neige mesurées en pouces. La standardisation de ces données, initialement recueillies selon des méthodes disparates, a nécessité un travail minutieux pour les rendre comparables et exploitables. Ce processus a permis de transformer des archives disparates en une base de données cohérente et accessible aux chercheurs.
Les résultats du projet *NORTHERN*, publiés dans la revue *Scientific Data*, ouvrent une fenêtre sur le climat canadien des 18e et 19e siècles. Ces données permettent aux scientifiques de reconstituer des tendances climatiques anciennes, comme les hivers rigoureux ou les étés humides, et de les comparer aux relevés modernes. Par exemple, les mesures de température et de précipitations à Halifax ou dans les Territoires du Nord-Ouest offrent des indices sur les variations saisonnières passées. Ces informations sont cruciales pour évaluer l’impact des changements climatiques actuels en les replaçant dans une perspective historique. Le projet contribue ainsi à enrichir les connaissances sur l’évolution du climat à long terme.

