L’archéologie n’arrête plus de faire des découvertes : l’entrée d’une forteresse romaine du IIe siècle a été mise au jour en Roumanie
Sous une citadelle du centre de la Roumanie dort tout un pan de Rome. Les archéologues y traquaient depuis des années l'accès principal d'une vaste place forte antique.
En septembre 2026, le Musée national de l'Union d'Alba Iulia, en Roumanie, a annoncé la découverte de l'entrée orientale d'un camp légionnaire romain enfoui sous la citadelle d'Alba Carolina. Cette forteresse, nommée Apulum, datait du IIe siècle et avait été construite après la conquête de la Dacie par Rome en 106. Jusqu'alors, seule la porte sud, identifiée en 1986, était connue des archéologues. La découverte de cette nouvelle entrée, située à l'est, offre une perspective inédite sur l'organisation militaire et urbaine de l'Empire romain dans cette région. Les fouilles ont révélé une tour de fondation, située à quatre mètres sous terre, qui a permis de reconstituer le plan de cette porte monumentale.
Le camp légionnaire d'Apulum formait un quadrilatère de 480 mètres sur 432, soit près de 21 hectares, entouré d'un rempart de sept mètres de haut et d'un fossé de cinq à six mètres de profondeur. Quatre portes, une à chaque point cardinal, perçaient cette enceinte. La porte orientale, récemment découverte, était composée de deux tours rectangulaires pleines et de deux passages voûtés séparés par un mur central. Chaque tour surveillait un passage, l'un pour l'entrée, l'autre pour la sortie. L'ensemble était construit en gros blocs de calcaire ajustés selon la technique opus quadratum, qui empile des pierres taillées presque sans mortier. Cette méthode de construction, typique des bâtisseurs romains, a permis à la structure de résister au temps.
Treize siècles après la chute de l'Empire romain, les maçons médiévaux ont rebâti une porte au même endroit, nommée porte Saint-Georges, directement sur les fondations antiques. Dès le XVIIe siècle, le chroniqueur Wolfgang Bethlen décrivait deux portes jumelles et un relief de la louve allaitant Romulus et Remus, probablement un vestige réutilisé. Cette réutilisation confirme l'importance stratégique du site, qui a été occupé par la légion XIII Gemina jusqu'au retrait de Rome entre 271 et 275. La découverte archéologique valide ainsi les récits historiques et offre un lien tangible entre l'Antiquité et le Moyen Âge.
La clé de cette découverte réside dans la plateforme de fondation d'une des tours de la porte, mise au jour à quatre mètres sous le bastion Capistrano. À partir de ce socle, les archéologues ont reconstitué le plan et les dimensions de l'ouvrage. Les prochaines campagnes de fouilles viseront à étendre les recherches autour de la tour pour préciser la hauteur et le plan exact de l'entrée. Les chercheurs espèrent également relier ce chantier au réseau de rues déjà dégagé sous la citadelle. Cette découverte incite à poursuivre les recherches pour mieux comprendre l'histoire romaine en Roumanie et l'évolution du site au fil des siècles.
Le camp légionnaire d'Apulum a été construit après la conquête de la Dacie par l'empereur Trajan en 106. Initialement édifié en terre, il a été reconstruit en pierre vers 138. La légion XIII Gemina, qui l'a occupé, était une unité d'élite de l'armée romaine. Le camp, situé en actuelle Roumanie, faisait partie d'un réseau de fortifications destinées à sécuriser les frontières de l'Empire. La découverte de cette porte orientale permet de mieux appréhender l'organisation militaire romaine, notamment l'aménagement des axes routiers comme la *via praetoria*, qui reliait l'entrée principale au cœur administratif de la garnison.

