Ottawa suspend l’achat de 16 hélicoptères Black Hawk fabriqués aux États-Unis
Ottawa a interrompu le processus d’achat de 16 appareils Black Hawk fabriqués aux États-Unis..
Le gouvernement canadien a décidé de suspendre l’achat de 16 hélicoptères Black Hawk fabriqués aux États-Unis, des appareils destinés aux forces d’opérations spéciales des Forces armées canadiennes. Ces hélicoptères, produits par la société Sikorsky (filiale du groupe américain Lockheed Martin), devaient remplacer une flotte vieillissante de CH-146 Griffon, achetés dans les années 1990. La décision a été prise cet été 2025, avant même l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis le 22 août 2025. Cette suspension s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques et commerciales accrues avec l’administration du président américain Donald Trump, qui a imposé des tarifs douaniers sur des produits clés comme l’acier ou l’aluminium. Le gouvernement canadien souhaite ainsi réduire sa dépendance militaire envers les États-Unis et privilégier des solutions locales ou des partenariats avec des entreprises étrangères installées au Canada.
Plusieurs facteurs expliquent cette suspension. D’abord, des tensions politiques avec les États-Unis, notamment depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025, qui a remis en cause la souveraineté canadienne et imposé des mesures protectionnistes. Ensuite, le coût des Black Hawk est devenu un problème : l’inflation, la dépréciation du dollar canadien et la hausse des pièces détachées auraient fait grimper la facture totale. Enfin, le gouvernement canadien souhaite prioriser le développement de sa propre industrie de défense et établir des partenariats avec des entreprises étrangères présentes au Canada, plutôt que d’acheter directement à l’étranger. Cette approche vise à renforcer l’autonomie stratégique du pays. Le secrétaire d’État à l’approvisionnement militaire, Stephen Fuhr, a souligné que la population canadienne est réticente à l’idée d’accorder des contrats militaires sans appel d’offres à des entreprises américaines.
Les Black Hawk (modèle UH-60M) sont des hélicoptères de combat polyvalents, capables de missions variées comme le transport de troupes, le ravitaillement en vol ou des opérations dans des territoires vastes comme l’Arctique. Ils sont considérés comme plus robustes et modernes que les CH-146 Griffon, utilisés depuis les années 1990. Leur acquisition aurait permis de moderniser rapidement la flotte des forces d’opérations spéciales, une unité d’élite des Forces armées canadiennes. Cependant, leur achat aurait été conclu sous le régime américain des ventes militaires à l’étranger, un processus nécessitant l’approbation du Congrès des États-Unis. Le gouvernement canadien a préféré suspendre le processus avant même cette étape, afin de réévaluer ses options à long terme, car ces appareils sont conçus pour durer 20 à 30 ans.
La suspension des Black Hawk n’est pas un cas isolé. Le gouvernement canadien hésite à finaliser plusieurs autres contrats militaires avec des entreprises américaines. Par exemple, un contrat pour des services d’infonuagique (stockage de données classifiées) avec Google n’a pas encore été annoncé, tout comme un projet de système d’entraînement pour équipages de véhicules terrestres avec Raytheon. De plus, l’achat de systèmes de roquettes M142 HIMARS (des lance-roquettes mobiles) auprès de Lockheed Martin a été retardé pendant des mois. Le gouvernement a reçu pour instruction de réévaluer ces projets en explorant des alternatives européennes ou asiatiques, comme l’acquisition d’avions de chasse Gripen (fabriqués par le suédois Saab), qui pourrait réduire la commande de 88 chasseurs F-35 prévue initialement.
Le gouvernement canadien maintient un dialogue avec les partenaires concernés, dont *Lockheed Martin*, qui a réaffirmé sa disponibilité pour accompagner le Canada dans l’acquisition des *Black Hawk*. Cependant, aucune annonce officielle n’a été faite concernant l’état du processus. L’analyste en défense *Justin Massie* souligne que le gouvernement doit préparer l’opinion publique à une transition vers de nouveaux fournisseurs, qui prendra du temps. Il critique l’absence de préparation en amont, notamment le manque d’investissements dans des capacités alternatives locales ou de collaborations durables avec des entreprises non américaines. Le secrétaire d’État *Stephen Fuhr* a insisté sur la nécessité de pivoter rapidement pour éviter de se retrouver dans une situation similaire à l’avenir, alors que le mandat de *Donald Trump* doit s’achever en janvier 2029.

