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L’industrie québécoise du jeu vidéo est plongée dans l’incertitude

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 25 j

Au cours des quatre derniers mois, environ 230 employés ont été licenciés à Montréal..

Licenciements massifs

Depuis le début de l’année 2024, l’industrie québécoise du jeu vidéo traverse une période de licenciements sans précédent. Selon les données du gouvernement québécois, des entreprises comme Eidos, Epic Games et Electronic Arts ont annoncé la suppression d’environ 230 emplois à Montréal, qui est considérée comme un pôle mondial du secteur. Ces annonces s’inscrivent dans une tendance plus large qui touche l’industrie du jeu vidéo à l’échelle mondiale depuis deux ans. Les raisons évoquées incluent des restructurations internes au sein des grandes entreprises, une réduction du crédit d’impôt provincial destiné à soutenir ce secteur, et l’impact potentiel de l’intelligence artificielle (IA), une technologie capable d’automatiser certaines tâches. Ces licenciements surviennent dans un contexte où les studios de jeux vidéo, majoritairement des petites entreprises (plus de 300 sur les quelque 300 studios de la province), se retrouvent dans une position de vulnérabilité accrue face aux fluctuations du marché.

Impact économique local

Le Québec occupe une place centrale dans l’industrie canadienne du jeu vidéo, avec plus de 300 studios et 45 % des 34 000 développeurs de jeux vidéo du pays. Ce secteur génère annuellement plus de 1,4 milliard d’euros de retombées économiques pour la province. Montréal, en particulier, attire les sièges sociaux de grandes entreprises internationales comme Epic Games et Ubisoft, qui emploie à elle seule 4 000 personnes dans la région. Cependant, des entreprises comme Epic Games ont supprimé plus de 1 000 postes (soit 20 % de leurs effectifs) en début d’année, dont certains à Montréal, tandis qu’Ubisoft a licencié près de 140 employés après la fermeture de ses studios à Halifax et Winnipeg. Ces suppressions d’emplois illustrent une crise plus large qui s’aggrave, dans un contexte où le secteur fait face à des défis structurels et à une concurrence accrue.

Concurrence des loisirs numériques

Le secteur du jeu vidéo québécois est confronté à une baisse de l’engagement des joueurs depuis 2021, une tendance qui coïncide avec l’essor d’autres formes de divertissement numérique. Des plateformes comme TikTok, les paris sportifs, les marchés de prédiction, les investissements dans les cryptomonnaies (monnaies virtuelles comme le Bitcoin) et les applications grand public d’intelligence artificielle (IA) captent désormais une part plus importante du temps et de l’attention des consommateurs. Selon Paul Fogolin, président de l’Association canadienne du logiciel de divertissement, les joueurs ont un temps limité à consacrer aux loisirs, et cette concurrence réduit la demande pour les jeux vidéo. Par ailleurs, la hausse du coût de la vie a également diminué la capacité des consommateurs à dépenser dans ce type de divertissement.

Coûts et crédits d’impôt

Le développement des centres de données dédiés à l’IA a entraîné une augmentation significative des coûts des composants électroniques, comme la mémoire vive, utilisée dans les consoles de jeux. Contrairement au cycle habituel où les prix des consoles baissent quelques années après leur lancement, la situation inverse est observée actuellement. De plus, le soutien financier du gouvernement québécois, qui représentait jusqu’à 37,5 % des salaires des employés sous forme de crédit d’impôt, a été réduit d’un tiers il y a deux ans. Cette réduction, combinée à l’exclusion d’une partie du salaire de chaque employé du calcul du crédit, a eu un impact radical sur les studios. Les postes les moins qualifiés, comme les testeurs d’assurance qualité (personnes chargées de repérer les bugs dans un jeu) ou les localisateurs (qui adaptent un jeu à une région spécifique), sont les premiers touchés par ces licenciements.

Rôle de l’IA et incertitudes

L’intelligence artificielle (IA) générative est présentée comme un outil qui pourrait transformer le secteur, mais son impact exact reste incertain. Selon Paul Fogolin, elle ne remplacerait pas les concepteurs de jeux, mais les aiderait à gagner du temps sur des tâches répétitives, comme la création d’arrière-plans réalistes ou la modélisation d’éléments comme les cheveux dans un jeu. Par exemple, dans un jeu comme EA Sports FC, l’IA pourrait être utilisée pour rendre les stades plus réalistes. Cependant, Jean-Jacques Hermans, directeur général de la Guilde du jeu vidéo du Québec, souligne que l’IA ajoute à l’incertitude globale du secteur, même si son rôle exact dans les suppressions d’emplois n’est pas encore clairement établi. Les petites entreprises, bien que plus flexibles, restent particulièrement vulnérables face à ces changements.

Ce que ça pourrait changer

Les acteurs du secteur s’attendent à une année 2024 difficile, marquée par des restructurations continues et des projets de jeux vidéo abandonnés ou mis en suspens. Jean-Jacques Hermans, de la *Guilde du jeu vidéo du Québec*, estime que beaucoup d’entreprises devraient pouvoir tenir encore au moins un an malgré les difficultés actuelles. Cependant, la situation reste précaire, notamment en raison de la baisse des revenus, des coûts élevés et de la concurrence accrue. Carmel Smyth, présidente du *Syndicat des communications d’Amérique au Canada*, souligne que l’inquiétude est forte dans le secteur, où les enjeux économiques et sociaux sont majeurs pour le Québec, qui compte 45 % des développeurs de jeux vidéo du pays.

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