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Environnement

Face au chaos climatique, les vieilles forêts ont « plein de choses à nous apprendre »

Reporterre · mis à jour il y a 4 j

Là où elles subsistent, les vieilles forêts semblent moins dépérir que les autres face au réchauffement climatique. Leur biodiversité est une des clés de leur robustesse.

Forêts anciennes, réservoirs de vie

Les forêts anciennes (ou forêts primaires), âgées de plus de 150 ans et n’ayant jamais subi de coupes rases ou d’exploitations intensives, abritent une biodiversité exceptionnelle. Elles jouent un rôle clé dans la régulation du climat en stockant d’énormes quantités de carbone. Par exemple, une étude citée dans l’article indique qu’une forêt ancienne de 1 hectare peut contenir jusqu’à 1 000 tonnes de carbone, soit l’équivalent des émissions annuelles de 200 voitures. Ces écosystèmes complexes, avec leurs arbres de plusieurs siècles, leurs champignons symbiotiques et leur sol riche en micro-organismes, forment des réseaux d’interdépendances encore mal compris. Leur destruction libère ce carbone et réduit leur capacité à absorber le CO₂ atmosphérique, aggravant le réchauffement climatique. Les scientifiques soulignent que ces forêts, souvent réduites à 3 % de leur surface initiale en Europe, sont des laboratoires naturels inestimables pour comprendre les mécanismes de résilience face aux changements environnementaux.

Résilience face aux crises

Les vieilles forêts démontrent une capacité remarquable à résister aux perturbations, qu’elles soient climatiques (sécheresses, canicules) ou biologiques (épidémies, incendies). Contrairement aux plantations monospécifiques, souvent vulnérables, ces écosystèmes diversifiés bénéficient de mécanismes de compensation : si un arbre meurt, un autre prend sa place, et les espèces s’adaptent. Une recherche menée en Amazonie montre que les forêts anciennes ont survécu à des périodes de sécheresse bien plus intenses que celles prévues par les modèles climatiques actuels. Leur structure en strates (canopée, sous-bois, sol) favorise aussi la rétention d’eau et limite l’érosion. Les scientifiques, comme Suzanne Simard (célèbre pour ses travaux sur les réseaux fongiques mycorhiziens), expliquent que ces forêts fonctionnent comme des super-organismes, où les arbres communiquent via des champignons souterrains pour partager ressources et signaux de stress. Leur survie dépend pourtant de leur intégrité : une fois fragmentées par l’exploitation humaine, leur résilience s’effondre.

Modèles pour l’avenir

Face à l’urgence climatique, les vieilles forêts offrent des leçons pour repenser la gestion des espaces boisés. Plutôt que de privilégier les plantations rapides et monospécifiques, certaines initiatives prônent le renforcement des forêts existantes par une exploitation minimale, voire leur protection intégrale. En Europe, des projets comme ceux portés par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) visent à étendre les aires protégées de forêts anciennes, actuellement estimées à moins de 10 % de leur surface historique. Des pays comme la Suède ou la Finlande intègrent désormais des critères de naturalité dans leurs politiques forestières, limitant les coupes dans les zones les plus anciennes. L’article cite aussi des exemples de restauration écologique, où des forêts dégradées sont laissées à leur évolution naturelle pour retrouver leur complexité originelle. Ces approches, bien que coûteuses à court terme, pourraient réduire les coûts futurs liés aux catastrophes climatiques et aux pertes de biodiversité.

Menaces et urgences

Malgré leur importance, les vieilles forêts restent menacées par des pressions économiques et politiques. L’industrie du bois, qui représente un marché mondial de 247 milliards de dollars en 2022, cible souvent ces écosystèmes pour leur bois de haute qualité, comme le chêne ou le hêtre. En Europe, 60 % des forêts anciennes ont disparu depuis 1900, principalement à cause de l’exploitation intensive et de l’urbanisation. Les changements climatiques accélèrent aussi leur déclin : des températures plus élevées favorisent les attaques d’insectes xylophages, comme le scolyte, qui décime les épicéas en Europe centrale. Les scientifiques alertent sur le risque de points de bascule : au-delà d’un certain seuil de dégradation, ces forêts pourraient perdre leur capacité à se régénérer naturellement. Des ONG comme Greenpeace ou Canopée militent pour des moratoires sur l’exploitation des dernières forêts primaires, mais les résistances restent fortes, notamment dans les pays où l’industrie forestière est un pilier économique.

Ce que ça pourrait changer

Les vieilles forêts sont aussi des archives vivantes de savoirs écologiques traditionnels. Les peuples autochtones, comme les *Samis* en Scandinavie ou les *Kayapos* en Amazonie, ont développé des pratiques de gestion durable basées sur l’observation de ces écosystèmes depuis des millénaires. Leurs connaissances sur les cycles naturels, les plantes médicinales ou les techniques de régénération des sols pourraient inspirer des solutions modernes. Par exemple, les *jardins forestiers* (ou *forêts-jardins*), inspirés de ces savoirs, combinent arbres, arbustes et cultures pour créer des systèmes productifs et résilients. L’article souligne l’importance de préserver ces connaissances avant qu’elles ne disparaissent avec la disparition des cultures traditionnelles. Des programmes de *science participative*, comme ceux menés par le **Muséum national d’Histoire naturelle** en France, associent chercheurs et communautés locales pour documenter ces pratiques. Ces initiatives rappellent que la protection des forêts anciennes ne concerne pas seulement l’environnement, mais aussi la transmission de cultures et de savoirs essentiels.

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