Comment la présence de MSC Croisières dans les ports français est devenue un enjeu de souveraineté nationale
L’ESSENTIEL Les chantiers de Saint-Nazaire sont dépendants la construction des paquebots géants, notamment du groupe MSC, première entreprise de transport maritime mondial. Une étude met en lumière l'importance de ces entreprises de navigation touristique pour l'économie des ports français.
MSC Croisières est le deuxième plus grand groupe mondial de transport maritime, avec un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros en 2024 et environ 20 000 employés. Filiale du groupe MSC, qui domine le secteur maritime mondial, elle est particulièrement implantée en France. En 2025, MSC réalise 18 % des escales de croisières dans le pays, contre 11 % en 2015. Marseille concentre une part majeure de son activité, avec 276 escales en 2025 (contre 124 en 2018), soit 40 % du total des escales de croisière dans la ville. D’autres ports français comme Le Havre, Cherbourg ou Ajaccio voient aussi leur nombre d’escales augmenter grâce à MSC.
Les Chantiers de l’Atlantique, situés à Saint-Nazaire, sont le principal constructeur des paquebots de MSC. Sur les 34 navires de la flotte MSC, 24 ont été construits dans ces chantiers. MSC est le client principal des Chantiers, représentant la moitié de leur chiffre d’affaires entre 2012 et 2024 (7,2 milliards d’euros sur 15,3 milliards). Cette relation a permis d’éviter la faillite des chantiers et de doubler le nombre d’emplois dans la construction navale à Saint-Nazaire en dix ans. Les Chantiers emploient aujourd’hui 10 000 personnes, directement et indirectement.
La construction de paquebots pour MSC est cruciale pour l’économie locale et nationale. Entre 2012 et 2024, MSC a commandé six navires supplémentaires pour un total de neuf milliards d’euros, avec des livraisons prévues jusqu’en 2031. Sans ces commandes, les Chantiers de l’Atlantique auraient pu disparaître, comme d’autres chantiers navals en Europe. Cette dépendance économique crée une interdépendance forte entre MSC et les territoires français, notamment Saint-Nazaire, où les emplois industriels dépendent largement de cet armateur.
Les Chantiers de l’Atlantique ne sont pas seulement importants pour l’économie civile : ils jouent aussi un rôle stratégique pour la souveraineté française. La construction navale militaire, notamment pour Naval Group, est irrégulière et ne suffit pas à maintenir l’activité à long terme. Les paquebots de croisière, qui nécessitent des technologies avancées, permettent de conserver des compétences et des emplois essentiels. Cela est illustré par le futur porte-avions « La France Libre », dont la construction est prévue à partir de 2026. Sans l’activité civile, le secteur naval français pourrait perdre des capacités critiques.
Les ports français investissent massivement pour attirer MSC et d’autres armateurs. Marseille a dépensé 200 millions d’euros et Le Havre 100 millions pour moderniser leurs infrastructures, notamment des terminaux avec branchement à quai. Ces investissements visent à réduire la pollution locale et à répondre aux futures réglementations européennes. Cependant, ces projets reposent sur des hypothèses de retombées économiques incertaines, car MSC pourrait modifier ses itinéraires ou se désengager. Les collectivités locales, les gestionnaires de ports et l’État forment un écosystème interdépendant, mais cette relation est asymétrique.
La forte dépendance des ports et des Chantiers de l’Atlantique à MSC crée un risque politique et économique. Les autorités locales, régionales ou nationales pourraient hésiter à imposer des réglementations strictes contre la croisière (pollution, surtourisme) par crainte de perdre des emplois ou des investissements. Par exemple, la Charte croisière durable en Méditerranée, signée en 2022 et renouvelée en 2025 entre l’État français et les armateurs, illustre un compromis : poursuivre l’activité tout en améliorant progressivement les normes environnementales. Cette interdépendance expose les territoires à la capacité de MSC de réorienter ses activités ailleurs.

