Un barrage menace Luang Prabang, l’ancienne capitale royale du Laos
Construite sur une rive du Mékong, cette ville emblématique du Laos, classée au patrimoine mondial par l’Unesco, observe avec angoisse la construction d’un nouveau barrage. Une structure qui défigurera le débit du fleuve et entraîne déjà le déplacement des populations, explique le “Nikkei Asia”..
Luang Prabang est une ville historique du nord du Laos, située sur les rives du fleuve Mékong. Elle a été la capitale royale du pays jusqu'en 1975 et abrite des temples bouddhistes, des monastères et une architecture coloniale française. En 1995, l'UNESCO l'a classée au patrimoine mondial de l'humanité pour sa valeur culturelle et historique exceptionnelle. La ville attire des milliers de touristes chaque année, notamment pour ses sites emblématiques comme les grottes de Pak Ou, accessibles en bateau depuis Luang Prabang. Ces grottes, creusées dans la roche calcaire, abritent des milliers de statues de Bouddha et sont un lieu de pèlerinage important pour les Laotiens.
Un barrage hydroélectrique de 1 460 mégawatts est en construction sur le Mékong, à environ 25 kilomètres en amont de Luang Prabang, près de la confluence avec la rivière Nam Ou. Ce projet, appelé centrale hydroélectrique de Luang Prabang, est développé conjointement par le Laos et la Thaïlande. Le Laos en est le propriétaire, tandis que la Thaïlande finance et supervise les travaux via la multinationale thaïlandaise CKPower et le constructeur CH. Karnchang. Le coût du projet s'élève à 3,5 milliards de dollars (soit environ 3 milliards d'euros). Les travaux ont commencé en janvier 2024, avec une mise en service initialement prévue pour 2027, mais des sources locales estiment que 2030 serait une date plus réaliste.
La construction de ce barrage menace l'écosystème du Mékong, un fleuve vital pour l'Asie du Sud-Est. Le Mékong est le deuxième fleuve le plus riche en biodiversité au monde après l'Amazone, et son débit influence la vie de millions de personnes. Le barrage pourrait perturber la migration des poissons, réduire la fertilité des sols en aval et modifier radicalement le paysage fluvial. Les experts craignent également que la retenue d'eau ne submerge des sites archéologiques ou naturels, bien que le projet soit situé en amont de Luang Prabang. Les autorités laotiennes et thaïlandaises affirment que des études d'impact ont été réalisées, mais les critiques soulignent que ces évaluations sont souvent insuffisantes pour protéger les écosystèmes fragiles.
Le barrage entraîne déjà le déplacement de populations locales, notamment des villages situés près du chantier. Les habitants concernés sont souvent relogés dans des zones moins fertiles ou moins adaptées à leur mode de vie traditionnel, basé sur la pêche et l'agriculture. Les communautés riveraines du Mékong dépendent de ce fleuve pour leur subsistance, et toute modification de son débit peut menacer leur sécurité alimentaire. Par ailleurs, la construction du barrage a attiré des milliers de travailleurs migrants, ce qui a provoqué une hausse des prix locaux et une pression sur les ressources disponibles, comme l'eau et les logements.
Luang Prabang, classée à l'UNESCO, pourrait perdre une partie de son attrait touristique si le paysage du Mékong est modifié par le barrage. Le fleuve joue un rôle central dans l'identité visuelle et culturelle de la ville, avec ses berges animées, ses marchés flottants et ses croisières touristiques. Les autorités locales et les associations de protection du patrimoine s'inquiètent de l'impact visuel et symbolique du barrage, qui pourrait altérer l'harmonie entre la ville et son environnement. Bien que le barrage ne soit pas directement visible depuis Luang Prabang, son influence sur le débit du fleuve et les paysages en aval pourrait être irréversible.
Pour le Laos, ce barrage représente un investissement majeur dans la production d'électricité, une ressource clé pour le développement économique du pays. Le Laos mise sur l'exportation d'électricité vers ses voisins, notamment la Thaïlande, pour générer des revenus. Cependant, les bénéfices économiques à long terme sont incertains, car les coûts environnementaux et sociaux pourraient dépasser les gains. Les ONG et les experts soulignent que les projets hydroélectriques dans la région ont souvent des retombées limitées pour les populations locales, tandis que les profits sont captés par des entreprises étrangères ou des élites locales. Le barrage de Luang Prabang illustre ainsi les tensions entre développement économique et préservation des ressources naturelles.

