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Galileo, Copernicus

The Conversation France · mis à jour il y a 14 j

Aerospace players like French company Thales Alenia Space have no alternative but to join forces with competitors if they want to seal further deals. MikeDotta/Shutterstock (no reuse) “Seeing the Earth from above is a powerful reminder of our interdependence,” Thomas Pesquet.

Nouvelle course spatiale

L'industrie spatiale mondiale connaît une intensification de la compétition, marquée par une hausse record des dépenses : près de 137 milliards de dollars en 2025, selon la conférence française Perspectives spatiales. Cette escalade révèle une réalité structurelle : aucun État, agence ou entreprise, même parmi les plus puissants, ne peut maîtriser à lui seul toute la chaîne de valeur spatiale. La maîtrise des technologies spatiales, autrefois perçue comme un enjeu national, devient aujourd'hui un défi collectif. Face à cette situation, l'Europe mise sur une approche inédite, combinant coopération et compétition entre acteurs rivaux, appelée coopétition (contraction de coopération et compétition). Cette stratégie vise à renforcer la souveraineté européenne dans l'espace, un domaine où l'autonomie technologique et stratégique est devenue cruciale pour des secteurs comme l'agriculture, la défense ou l'action climatique.

Programmes européens clés

L'Europe s'appuie sur quatre programmes majeurs pour affirmer sa place dans l'espace : Galileo (système européen de positionnement par satellite, équivalent du GPS américain), Copernicus (programme d'observation de la Terre par satellite, qui surveille les émissions de CO₂, l'usage des sols ou l'état des océans), Clean Sky (réseau dédié à l'aviation durable, visant à réduire les émissions de CO₂ et de NOx des avions) et IRIS² (future constellation européenne de télécommunications sécurisées, indépendante des systèmes non-européens). Ces initiatives illustrent une évolution majeure : leur succès dépend désormais de la collaboration entre acteurs concurrents, plutôt que de leur autonomie individuelle. Par exemple, Thales Alenia Space (France) et OHB System (Allemagne) collaborent pour développer des instruments radar, tandis que Dassault Aviation et OHB System ont uni leurs forces pour proposer un avion spatial à l'ESA.

Coopétition : définition et enjeux

La coopétition désigne une stratégie où des acteurs concurrents sur un marché décident de collaborer pour des projets spécifiques. Dans le secteur spatial européen, ce modèle implique non seulement des entreprises rivales, mais aussi des États, des agences (comme l'ESA, Agence spatiale européenne), des PME et des start-ups. L'objectif est de mutualiser les ressources financières, technologiques et humaines pour relever des défis impossibles à surmonter seul. Par exemple, Galileo, le système de navigation européen, n'aurait pas pu être développé sans cette approche : les fabricants concurrents ont partagé leurs connaissances avec l'ESA, qui a ensuite redistribué les informations nécessaires à chacun. Cette méthode réduit les risques et les coûts, tout en accélérant l'innovation. Cependant, elle génère aussi des tensions, comme des déséquilibres dans le partage des bénéfices ou des risques de fuite de savoir-faire.

Rôle central de l'ESA

L'ESA joue un rôle pivot dans la coordination de la coopétition en Europe. Elle agit comme un tiers de confiance, facilitant l'échange de connaissances entre partenaires concurrents. Son mandat double – à la fois financeur et maître d'œuvre des projets – lui permet de structurer des collaborations complexes. Par exemple, pour Galileo, l'ESA a centralisé les savoirs des différents fabricants, évitant ainsi les blocages liés à la méfiance entre rivaux. Sans cette orchestration, le projet n'aurait pas pu aboutir. L'ESA incarne ainsi une forme de souveraineté européenne, en garantissant que les intérêts collectifs priment sur les rivalités nationales ou industrielles. Son intervention est d'autant plus cruciale que les programmes spatiaux européens impliquent désormais des centaines d'acteurs, rendant la gestion des conflits et des synergies bien plus complexe.

Avantages concrets de la coopétition

La coopétition multinationale offre trois bénéfices majeurs pour l'Europe : 1) Atteindre une masse critique : en combinant les ressources de l'ensemble de l'industrie spatiale européenne, des projets comme Galileo ou IRIS² deviennent réalisables, là où un seul pays ou une seule entreprise en serait incapable. 2) Partager des connaissances stratégiques : les projets innovants reposent sur l'échange de savoirs complémentaires entre concurrents, sans lequel ils échoueraient. Par exemple, Clean Sky rassemble des rivaux comme Airbus et Safran pour développer des technologies aéronautiques durables. 3) Réduire les risques et coûts : la mutualisation des investissements et des risques technologiques limite l'exposition financière de chaque acteur. Ces avantages expliquent pourquoi l'Europe privilégie ce modèle pour ses programmes phares, malgré les défis de gestion qu'il implique.

Gestion des tensions et équilibres

La coopétition multinationale génère des tensions inévitables : déséquilibres de pouvoir, opportunismes, fuites de connaissances ou conflits sur la répartition des bénéfices. Ces risques, déjà présents dans les collaborations bilatérales, s'amplifient avec le nombre de partenaires. Pour les atténuer, l'Europe mise sur un modèle de gestion hybride, combinant des mécanismes formels (contrats, règles de gouvernance, droits de propriété intellectuelle) et informels (confiance, relations personnelles, normes professionnelles partagées). Par exemple, dans Clean Sky, les équipes de rivaux comme Airbus et Dassault travaillent ensemble au quotidien, tout en respectant des règles strictes sur ce qui peut être partagé ou non. Cette confiance, construite sur des années de collaboration, devient elle-même un atout stratégique européen, difficile à reproduire par la réglementation seule.

Rôle des individus dans la coopétition

Au-delà des institutions et des entreprises, ce sont les individus – ingénieurs, chefs de projet, directeurs de programme – qui rendent la coopétition opérationnelle. Ces professionnels naviguent en permanence entre leur loyauté envers leur organisation d'origine et l'objectif collectif des projets spatiaux européens. Leur capacité à gérer les tensions inhérentes à la coopétition est essentielle au succès des programmes. Le secteur spatial européen reste marqué par une communauté de passionnés, souvent liés par des collaborations passées, qui partagent une ambition commune : faire progresser l'espace européen sur la scène mondiale. Cette identité collective, au-delà des rivalités nationales ou industrielles, est un pilier de la souveraineté européenne dans l'espace.

Ce que ça pourrait changer

La maîtrise de la coopétition multinationale est un **prérequis** pour que l'Europe conserve sa place dans la course spatiale. Les États et entreprises qui réussissent à combiner coopération et compétition seront ceux qui sécuriseront l'autonomie stratégique de l'Europe dans des domaines clés comme la navigation (**Galileo**), l'observation de la Terre (**Copernicus**), les télécommunications sécurisées (**IRIS²**) ou l'aviation durable (**Clean Sky**). Ces programmes ne sont pas seulement des projets industriels : ils incarnent une vision où la souveraineté européenne se construit collectivement. Dans un monde où les données spatiales deviennent indispensables à l'agriculture, à la défense ou à la lutte contre le changement climatique, cette approche collaborative est devenue la seule voie viable pour garantir l'indépendance technologique et politique de l'Europe.

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