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Environnement

Incendies : quel est ce produit rouge largué sur les forêts ?

Reporterre · mis à jour il y a 20 j

Pour freiner les feux de forêt, les pompiers français utilisent du « retardant », un produit rouge vif. Des chercheurs planchent sur une alternative car il peut entraîner une fertilisation excessive des rivières et peut contenir des métaux lourds.

Qu'est-ce que le retardant

Le retardant est un produit rouge vif utilisé par les pompiers pour lutter contre les incendies de forêt. Il est largué depuis des avions ou des camions-citernes pour freiner la progression des flammes et protéger la végétation en la rendant moins inflammable. Sa couleur rouge provient généralement d’un pigment naturel, l’oxyde de fer, qui permet aux équipes de repérer les zones déjà traitées. En France, les pompiers emploient principalement le Fire-Trol-931, un produit similaire au Phos-Chek largement utilisé aux États-Unis. Ce retardant est produit par l’entreprise américaine Perimeter Solutions. Il est formulé à base de phosphate d’ammonium, une substance également présente dans les engrais agricoles.

Risques pour l'eau

Le phosphate d’ammonium contenu dans les retardants peut provoquer une eutrophisation des cours d’eau, un phénomène d’enrichissement excessif en nutriments. Cette pollution ponctuelle favorise la prolifération de microalgues et de cyanobactéries, au détriment des poissons et des écosystèmes aquatiques. Selon une étude étatsunienne de 2023, ce risque existe lorsque le produit s’infiltre dans les zones humides ou les rivières. En France, le risque de pollution est considéré comme ponctuel, mais il dépend de la composition du sol : certains sols favorisent l’infiltration du produit jusqu’aux nappes phréatiques.

Métaux lourds dans les retardants

Des études menées aux États-Unis, notamment après les incendies en Californie en 2025, ont révélé la présence de métaux lourds (cadmium, chrome, arsenic, antimoine) dans certains retardants comme le Phos-Chek. Une étude de 2024 montre que ces métaux peuvent atteindre des concentrations 4 à 2 880 fois supérieures aux limites réglementaires pour l’eau potable. Bien que ces niveaux ne représentent pas une menace immédiate pour la santé humaine, leur accumulation dans l’environnement pourrait, à terme, affecter la biodiversité. En France, le Fire-Trol-931 utilisé est testé et validé par le Ceren (Centre d’essais et de recherche), mais les chercheurs restent vigilants sur sa composition.

Effets sur la végétation

Le retardant n’a pas d’effet négatif durable sur la végétation. Il peut temporairement bloquer la photosynthèse en créant un effet occultant, ce qui ralentit la croissance des plantes. Cependant, comme il contient des nutriments, un effet rebond est souvent observé dans les années suivantes, avec une croissance rapide des végétaux. Les scientifiques soulignent que les émissions issues de la combustion des incendies sont bien plus dangereuses pour l’environnement que la pollution liée au retardant. En France, le produit est testé sur la germination des plantes avant son utilisation.

Recherche d'alternatives

Face aux risques environnementaux, des chercheurs français, dont Lola Zavattoni (doctorante) et Jean-Valère Lorenzetti (post-doctorant), travaillent sur des alternatives plus écologiques au Fire-Trol-931. Dans le cadre du projet PREFIBIO (programme national de recherche), ils développent des retardants à base de protéines végétales et de déchets de l’industrie agroalimentaire. Ces solutions visent à réduire l’impact environnemental tout en garantissant une efficacité contre les incendies. Les formulations exactes ne sont pas encore révélées, mais les tests incluent des écotoxicologues pour évaluer leur innocuité.

Ce que ça pourrait changer

En France, l’utilisation du retardant est très encadrée. Le *Fire-Trol-931* est soumis à des tests rigoureux, notamment sur la germination des plantes, avant d’être approuvé. Le **Ceren** joue un rôle clé dans cette validation. Les scientifiques interrogés estiment que les émissions des incendies restent bien plus nocives pour l’environnement que la pollution liée au retardant. Malgré cela, la recherche d’alternatives locales et écologiques se poursuit, avec un double objectif : réduire les risques environnementaux et renforcer la souveraineté industrielle française.

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