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Des variétés résistantes pour sauver la vigne : les consommateurs sont-ils prêts à changer de goûts et les vignerons à les adopter ?

The Conversation France · mis à jour il y a 29 j

L’ESSENTIEL De nouvelles variétés de vigne résistantes aux principales maladies fongiques sont aujourd’hui disponibles à la plantation. Malgré leur intérêt pour réduire jusqu’à 80 % de traitements phytosanitaires, leur adoption progresse lentement et l’offre commerciale reste limitée.

Nouveaux cépages résistants

De nouvelles variétés de vigne, résistantes aux principales maladies fongiques comme le mildiou ou l’oïdium, sont désormais disponibles pour les vignerons. Ces cépages, développés par hybridation entre la vigne européenne Vitis vinifera et des espèces américaines résistantes, permettent de réduire jusqu’à 80 % l’usage de traitements phytosanitaires. Leur adoption reste cependant limitée, avec seulement 1 208 hectares plantés en France en 2021, soit 0,15 % du vignoble national. En Occitanie, où se concentrent les expérimentations, ces variétés suscitent un intérêt croissant, notamment grâce à des projets comme Ressenti et Vinid’Occ, qui analysent leurs freins et leviers d’adoption. Ces cépages, comme le floréal, le voltis, l’artaban ou le vidoc, sont inscrits au catalogue français depuis 2017 et offrent des profils sensoriels comparables aux vins traditionnels.

Hybridation et progrès génétique

L’hybridation interspécifique consiste à croiser la vigne européenne Vitis vinifera, sensible aux maladies, avec des espèces américaines comme Vitis labrusca ou Vitis rupestris, naturellement résistantes. Cette technique, utilisée depuis le XIXe siècle, a permis de créer des variétés hybrides, mais certaines produisaient des vins de qualité inférieure ou riches en méthanol, interdites en France jusqu’en 2023. Les progrès de la génétique ont accéléré le processus en identifiant les gènes de résistance à l’aide de marqueurs ADN. Les chercheurs français, comme ceux de l’Inrae, réalisent des rétrocroisements pour conserver uniquement les gènes de résistance tout en améliorant la qualité œnologique. Depuis 2017, des variétés comme les Inrae-Bouquet sont disponibles, combinant plusieurs gènes pour éviter l’apparition de pathogènes plus virulents.

Freins à l’adoption des vignerons

L’adoption de ces nouvelles variétés par les vignerons progresse lentement, malgré leurs avantages environnementaux. Une étude menée en Occitanie a identifié trois profils de producteurs : les sceptiques, souvent des vignerons indépendants plus âgés, les réceptifs, majoritairement des coopératives, et les observateurs, jeunes professionnels sans pouvoir décisionnel. Les 96 vignerons interrogés estiment que ces cépages pourraient couvrir jusqu’à 25 % du vignoble occitan d’ici trente ans. Leur adoption est freinée par des incertitudes sur la qualité des vins, des habitudes ancrées dans les appellations d’origine protégée (AOP), et une offre commerciale encore restreinte, avec seulement 108 références disponibles en 2024. La crise structurelle du vignoble pourrait cependant accélérer leur adoption.

Acceptation par les consommateurs

Les consommateurs semblent prêts à accepter ces nouveaux vins, selon des tests sensoriels menés dans le cadre du projet Ressenti. Les dégustations n’ont révélé aucun obstacle sensoriel : les vins issus de variétés résistantes, comme le vidoc ou l’artaban, sont perçus de manière similaire aux vins traditionnels, en blanc comme en rouge. Un seul groupe de consommateurs, composé d’hommes de plus de 65 ans buvant quotidiennement du vin, a montré une préférence marquée pour le merlot pur. Les chercheurs ont également utilisé des techniques de neuromarketing, comme l’eye-tracking, pour analyser les réactions des consommateurs face à ces vins. La réduction de 80 % des traitements phytosanitaires est un argument fort, mais son impact dépend de la manière dont il est communiqué, idéalement via un logo ou une pastille.

Ce que ça pourrait changer

Malgré des signaux encourageants, plusieurs défis persistent pour généraliser ces variétés. Leur visibilité reste faible dans la presse généraliste, bien que la presse viticole spécialisée y soit favorable. Le choix du nom des cépages crée des tensions, certains acteurs souhaitant des références à leurs géniteurs, tandis que d’autres privilégient des dénominations neutres. Les travaux en cours montrent que le consommateur se fie davantage à la dégustation qu’au nom, comme l’illustre la confusion fréquente entre le *cabernet blanc* (variété résistante allemande) et le *cabernet-sauvignon*. L’avenir de ces cépages dépendra aussi de l’évolution de la crise du vignoble français et mondial, qui pourrait soit accélérer leur adoption, soit la freiner en raison des incertitudes économiques.

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