La gouverneure de New York blâme les institutions dans l’affaire de viol collectif à Cornell
La police et un procureur ont «laissé tomber» la victime alléguée, a dit Kathy Hochul en nommant une procureure spéciale..
En novembre 2024, une étudiante de l’Université Cornell, dans l’État de New York, a signalé à la police du campus avoir été victime d’un viol collectif présumé par sept membres d’une fraternité étudiante, la Chi Phi. Selon les documents judiciaires, elle affirme avoir été droguée et alcoolisée, puis soumise à des actes sexuels alors qu’elle était partiellement ou totalement inconsciente. Un des hommes aurait même alerté d’autres membres de la fraternité via un message sur les réseaux sociaux pour les inciter à participer à l’agression. L’étudiante, identifiée sous le nom de Jane Doe dans les procédures, a également porté plainte contre l’université, la fraternité et d’autres parties pour négligence dans la gestion de son cas. Cette affaire a provoqué une vive émotion sur le campus, réputé pour appartenir à la prestigieuse ligue Ivy League, qui regroupe les universités américaines les plus sélectives.
La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a vivement critiqué le traitement de cette affaire par les institutions locales. Elle a notamment pointé du doigt le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, qui a classé l’enquête sans avoir interrogé la victime ni les personnes impliquées, en 2024. Hochul a également reproché au service de police de l’Université Cornell de ne pas avoir transmis intégralement le récit de la jeune femme aux procureurs. Interrogée lors d’une conférence de presse, elle s’est demandé : « Dans quel monde le procureur du district ne l’interroge-t-il même pas ? » La gouverneure a souligné que la victime, déjà traumatisée par les faits, a été « laissée pour compte » à chaque étape par des acteurs censés la protéger. Ces manquements ont conduit Hochul à retirer l’affaire aux autorités locales.
Face aux dysfonctionnements constatés, Kathy Hochul a décidé de confier l’enquête à la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, en lui donnant le titre de procureure spéciale. Cette décision intervient après la réouverture de l’enquête par le procureur Van Houten, sous la pression d’une action en justice intentée par la victime le mois dernier. Hochul a justifié ce choix par la perte de confiance dans la capacité des autorités locales à traiter équitablement l’affaire. Letitia James, déjà connue pour avoir supervisé des enquêtes sensibles comme celle sur les allégations de harcèlement sexuel contre l’ancien gouverneur Andrew Cuomo en 2021, aura pour mission de superviser l’enquête et, si nécessaire, de présenter des preuves devant un grand jury. Ce dernier est un groupe de citoyens chargés d’évaluer si des charges criminelles doivent être retenues contre les accusés.
Cette affaire soulève des questions plus larges sur la gestion des agressions sexuelles dans les universités américaines, notamment celles de la Ivy League. L’Université Cornell, comme d’autres établissements, dispose de procédures disciplinaires internes pour traiter les plaintes d’agressions sexuelles, mais cette affaire montre leurs limites. La victime a d’abord rapporté les faits à la police du campus, puis a participé à une procédure disciplinaire interne avant de déposer une plainte civile. Les avocats de deux des sept hommes poursuivis ont nié toute implication dans une agression sexuelle, l’un affirmant que son client n’avait pas touché la victime. Les tentatives pour joindre les autres accusés ou leurs représentants sont restées sans réponse au moment de la rédaction de l’article. Cette situation met en lumière les défis auxquels sont confrontés les établissements d’enseignement supérieur pour concilier protection des victimes et respect des droits des accusés.
La nomination de Letitia James en tant que procureure spéciale s’inscrit dans une pratique déjà utilisée par des gouverneurs de New York pour des affaires sensibles. En 2018, le gouverneur Andrew Cuomo avait nommé une procureure spéciale pour enquêter sur des allégations d’abus commis par l’ancien procureur général Eric Schneiderman. Letitia James, en poste depuis 2019, dispose de pouvoirs étendus dans l’État de New York, notamment pour enquêter sur les décès impliquant les forces de l’ordre. Cependant, elle ne peut généralement pas ouvrir d’enquêtes pénales sans une transmission formelle par un procureur de district, le gouverneur ou une agence d’État. Sa nomination dans cette affaire est donc une exception, justifiée par l’urgence et la gravité des manquements constatés. Hochul a insisté sur le fait que la victime mérite que chaque fait soit examiné et que justice soit rendue.

