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Gènes et peuples : pourquoi la génétique ne corrobore pas le concept de race dans notre espèce

The Conversation France · mis à jour il y a 15 j

La race, qui semble constituer une frontière naturelle, n’est qu’un mirage. Nous sommes une espèce jeune et homogène, et comme l’explique la génétique, la quasi-totalité de notre variabilité se trouve au sein de chaque groupe.

Race comme mirage

Le concept de race est souvent perçu comme une frontière naturelle entre les humains, alors qu’il s’agit d’une construction sociale et non d’une réalité biologique. La génétique montre que l’espèce humaine est jeune et homogène : presque toute la variabilité génétique se trouve au sein d’un même groupe, et non entre des groupes distincts appelés « races ». Par exemple, deux individus d’un même village africain peuvent être plus différents génétiquement l’un de l’autre que l’un d’eux ne l’est d’un Japonais. Cette idée est renforcée par des études comme celle de 2008, qui a analysé 377 marqueurs génétiques chez plus de 1 000 personnes issues de 52 populations : elle révèle que 93 à 95 % de la variation génétique humaine se situe au sein des populations, et seulement 3 à 5 % entre les grands groupes continentaux. Les populations africaines, en particulier, abritent une diversité génétique supérieure à celle de l’ensemble du reste du monde.

Ève mitochondriale

Tous les humains descendent d’une ancêtre commune, surnommée la « Ève mitochondriale », qui aurait vécu il y a environ 100 000 à 200 000 ans en Afrique. Il y a 50 000 à 70 000 ans, un petit groupe d’humains a quitté l’Afrique pour peupler le reste du monde, emportant avec lui seulement une infime partie de la diversité génétique totale. Cette migration récente explique pourquoi la variabilité génétique humaine est si limitée comparée à celle d’autres espèces. Par exemple, une seule communauté de chimpanzés présente plus de variations dans son ADN mitochondrial que l’ensemble de l’humanité. Ainsi, la distance génétique entre un Khoisan d’Afrique australe comme Nisa et un Européen est minuscule à l’échelle de l’évolution, malgré les apparences. Cette proximité biologique contraste avec les différences culturelles ou linguistiques, qui peuvent être bien plus marquées.

Variabilité génétique cachée

La plupart des différences visibles entre les humains, comme la couleur de la peau ou des cheveux, dépendent d’un petit nombre de gènes et sont influencées par des facteurs environnementaux comme l’ensoleillement. Par exemple, la couleur de la peau peut changer en quelques centaines de générations sous l’effet de la latitude. Ces traits superficiels ne reflètent pas la complexité de la diversité génétique humaine. En réalité, la majeure partie de cette diversité est « cachée » : elle ne se manifeste pas par des caractéristiques physiques évidentes, mais par des variations internes dans l’ADN. C’est pourquoi diviser l’humanité en races en se basant sur des traits visibles revient à classer une bibliothèque uniquement par la couleur des couvertures des livres : cela donne une illusion de différence, mais ignore l’essentiel. Les études génétiques confirment que ces catégories n’ont aucun fondement biologique solide.

Généalogie vs race

La génétique permet de retracer des généalogies précises, c’est-à-dire l’histoire réelle des ancêtres d’une personne et les chemins qu’ils ont empruntés pour arriver jusqu’à elle. Ces informations sont factuelles et scientifiquement valides. En revanche, la notion de race prétend définir ce que serait une personne en fonction de son origine supposée, ce qui est une construction sociale et non une réalité biologique. Par exemple, une généalogie peut révéler qu’une personne a des ancêtres africains, européens et asiatiques, mais cela ne correspond à aucune catégorie raciale définie. En 2018 et 2019, l’Association américaine des anthropologues biologiques et la Société américaine de génétique humaine ont officiellement confirmé qu’il n’existe aucune base biologique pour diviser les humains en groupes raciaux. Ces organisations soulignent que la race est une catégorie inventée, sans fondement génétique.

Ce que ça pourrait changer

Le fait que la race n’existe pas en biologie ne signifie pas que le racisme est un phénomène imaginaire. Le racisme a des conséquences réelles et profondes sur les vies, la santé et les opportunités des individus, mais ses causes ne sont pas génétiques. Il s’agit d’un problème social, culturel et historique. Par exemple, des études montrent que les inégalités socio-économiques ou les discriminations systémiques ont un impact direct sur la santé et l’espérance de vie, indépendamment des différences biologiques. Le racisme est donc une réalité sociale immense, mais il ne repose sur aucune base scientifique. Comme le montre le témoignage de Nisa, une femme du Botswana dont la vie est marquée par des émotions universelles comme la peur, le deuil ou le désir, ce qui unit les humains dépasse largement ce qui les sépare. La notion de race, en définitive, en dit bien plus sur notre regard que sur notre biologie.

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